L'énigme des squelettes du Monoprix de Paris

Publié le par Denis PIGNOL

Les archéologues déterrent des centaines de squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants morts voilà 4 ou 5 siècles. Derrick et Columbo enquêtent.

Frédéric Lewino - Le Point - Publié le 16/03/2015 à 06:05

Dans leurs tombes respectives, les inspecteurs Columbo et Derrick fulminent. Mais pourquoi sont-ils morts avant la découverte de l'incroyable mystère des squelettes du Monoprix ? Ils l'auraient résolu les mains dans les poches de leurs imperméables. Pas comme ces amateurs d'archéologues de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)...

Voilà l'affaire : un beau jour de l'an dernier, le gérant du Monoprix Réaumur-Sébastopol (Paris) se dit qu'il creuserait bien le sol de ses caves pour stocker davantage de marchandises. Au premier coup de pioche, les ouvriers tombent sur un os. Un sacré os puisqu'il appartient à un squelette entier. Et il n'y en a pas qu'un. Le sol est tapissé d'os. C'est un charnier. Le gérant prévient le siège social, qui avertit l'Inrap. Les archéologues se précipitent, fouillent leurs archives et constatent que le Monoprix s'élève à l'emplacement d'un très ancien cimetière, ouvert au Moyen Âge, le cimetière de la Trinité. Il occupait le quadrilatère délimité par les rues actuelles Saint-Denis, Greneta, Guérin-Boisseau et le boulevard de Sébastopol. Il jouxtait l'hôpital du même nom.

Grande peste

Ce cimetière avait été ouvert en 1348 par la ville de Paris, décimée par la grande peste. Le cimetière des Innocents s'est vite trouvé complet. Il fallait donc trouver d'urgence un nouvel endroit pour ouvrir des fosses. Les cadavres s'impatientaient. La Trinité leur convient. Par la suite, celui-ci se rendra encore utile lors du massacre des Armagnacs par les Bourguignons en 1418, puis durant les décennies suivantes lors de plusieurs nouvelles épidémies de peste.

De moins en moins utilisé au fil des siècles, le cimetière de la Trinité a fini par être désaffecté et vidé. Les squelettes ont été déménagés dans les catacombes vers 1814. Sauf que les croque-morts ont visiblement oublié de vider quelques fosses : les huit en cours de fouilles par l'Inrap sous la direction de la jeune archéologue Isabelle Abadie (Inrap). Avec ses collègues, elle a encore quinze jours pour vider environ 200 squelettes en les prélevant un par un, os par os. Un travail de bénédictin. "Pour l'instant, nous ne savons pas de quand datent ces inhumations. Il y a des hommes, des femmes, des enfants, alignés sur cinq épaisseurs, placés tête-bêche", constate Isabelle Abadie. Apparemment, ces pauvres gens n'ont pas été les victimes d'un massacre, car aucune lésion n'est perceptible sur les ossements. "Il est plus probable qu'ils aient été victimes d'une épidémie au XVe ou XVIe siècle." La peste ? "Nous avons prévu d'effectuer des tests ADN pour repérer la présence de germes", poursuit-elle.

Bref, pas de meurtre, pas de massacre. Derrick et Columbo retournent se recoucher dans leurs tombeaux en grommelant.

Publié dans un peu d'histoire

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