Yémen: l'anarchie règne à Aden !

Publié le par Denis PIGNOL

Yémen: l'anarchie règne à Aden !

Yémen: l'anarchie règne à Aden où résonnent des explosions

La Montagne | la Une | International | 28/03/15 - 18h25

En l'absence de forces de sécurité, des groupes armés circulant parfois à bord de chars d'assaut, faisaient samedi la loi à Aden, deuxième ville du Yémen, dans le sud, plongée dans un chaos total au milieu de tirs et d'explosions.

Dans l'après-midi, toute la ville a tremblé à la suite de puissantes explosions survenues dans un grand dépôt d'armes, situé dans une cave de la montagne Jebel Hadid, non loin du port.

Livré depuis vendredi aux pilleurs, ce dépôt a été le théâtre d'affrontements avant les déflagrations, selon des témoins.

Dans tout le secteur, de nombreuses vitres ont volé en éclats et des maisons ont été endommagées, tandis que des colonnes de fumée s'élevaient vers le ciel, ont indiqué des habitants.

Le dépôt appartient à l'armée yéménite, mais ses soldats l'avaient déserté, alors qu'Aden sombrait dans l'anarchie après le départ précipité jeudi du président Abd Rabbo Mansour Hadi, dans la ligne de mire de rebelles chiites Houthis et de leurs alliés (des militaires fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh) qui avançaient vers la ville.

"Nous avons retiré jusqu'ici 14 corps carbonisés et il y a, selon nos informations, d'autres cadavres à l'intérieur", a déclaré à l'AFP le directeur du département municipal de la Santé, Al-Kheder Lassouar.

Un précédent bilan faisait état de neuf corps.

Des pilleurs ont accusé des Houthis et leurs alliés présents dans la ville, d'être à l'origine des explosions.

"Les Houthis et les gens de Saleh ont fait explosé le dépôt. Ils ne veulent pas que nous mettions la main sur ces armes pour les combattre", a affirmé l'un d'eux.

Un vice-gouverneur d'Aden, Nayef Al-Bekri, donne la même explication. "L'arrivée des Houthis à Aden a provoqué le chaos. Ils veulent prendre le contrôle de la ville par la force", a-t-il déclaré à l'AFP.

- 'J'essaie ma nouvelle Kalashnikov' -

Alors que le bilan de trois jours d'affrontements entre groupes rivaux et des explosions s'établissait samedi à au moins 75 morts, les habitants d'Aden se terraient chez eux, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les commerces étaient fermés dans la plupart des quartiers et les principaux axes routiers étaient tenus par des factions rivales.

De jeunes volontaires se sont constitués en comités de défense de leurs quartiers. Ils font face aux miliciens Houthis qui ont brusquement fait leur apparition à Aden, où s'était retranché le président Hadi, après sa fuite de la capitale Sanaa en février.

Certains arborent fièrement des Kalashnikov, d'autres des lance-roquettes RPG. Dans une rue, deux jeunes ploient sous une caisse de munitions qu'ils s'entraident à porter sur leurs épaules.

Soudain, des tirs partent vers le ciel: "J'essaie ma nouvelle Kalashnikov", dit l'auteur de la rafale, avec un brin de gaieté, mais aussi d'inconscience.

Samedi soir, des combattants des comités de défense ont pris le contrôle de tout l'aéroport international d'Aden après des heurts avec les rebelles chiites au cours desquels les deux camps étaient armés de tanks. De source médicale, ces heurts ont fait cinq morts.

Le complexe de l'administration locale, la télévision et la radio sont parmi les rares bâtiments à être encore gardés par la police militaire.

Certaines artères sont jonchées de pneus. Ailleurs, ce sont des blocs de pierre qui barrent des rues totalement désertes. Et, parfois, à un croisement, un char d'assaut surgit sans qu'on sache qui sont ses occupants.

Les sécessionnistes du Mouvement sudiste (il y avait deux Yémen jusqu'en 1990) ont profité du chaos ambiant pour rappeler leur présence dans la ville et leurs drapeaux ont flotté au vent à Aden ces derniers jours. C'était le cas sur certains chars de combat.

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Réseauinternational | 27 mars 2015

Ils étaient des centaines de milliers de yéménites à défiler dans les rues de Sanaa pour manifester leur colère contre l’agression de la coalition formée par plusieurs proxies israélo-étatsuniens sous la direction de l’Arabie Saoudite et avec le soutien habituel des pays tels que la France et la Grande Bretagne qui ont annoncé, ce jeudi, « se tenir aux côtés de l’Arabie Saoudite ». Les Etats-Unis, comme à leur habitude, avaient déjà évacué leurs forces spéciales et leurs ressortissants, laissant les arabes s’étriper entre eux, tout en attisant le feu depuis Washington.

Manifestation à Sanaa

Manifestation à Sanaa

« Nous nous tenons aux côtés de nos partenaires, pour ramener au pouvoir le gouvernement de Sanaa », affirme un communiqué de l’Elysée, ce jeudi. Comme d’habitude, la France ne met aucune nuance dans ses déclarations belliqueuses. Dès lors qu’il s’agit de guerroyer, elle fonce tête baissée. On a vu ce que ça a donné ces 75 dernières années. Londres aussi apporte son soutien ferme à l’offensive de l’Arabie Saoudite mais, à la différence de Paris, se ménage des portes de sortie en donnant une petite chance à la diplomatie, en appelant au dialogue inter-yéménite.

Les bombardements saoudiens prétendent reproduire les agressions contre l’Irak et la Libye, c’est-à-dire en se passant de l’autorisation de l’ONU. Pourquoi se gêner, puisque cela avait déjà fonctionné par le passé ? Mais autres temps, autres mœurs. Cette fois la Russie ne semble pas vouloir observer les futurs massacres sans rien dire.

Le ministère russe des Affaires étrangères a déjà demandé l’arrêt immédiat de toute intervention militaire, au Yémen. Pour mieux se faire entendre sans doute, la Russie envoie des navires de guerre sur place. Selon Reuters, des navires russes se dirigent, actuellement, vers le détroit de Bab el-Mandeb.

Quelle serait la nature d’une éventuelle intervention russe pour arrêter las hostilités militaires ? Si l’on transpose ce qui s’est passé en Ukraine, la première action sera de faire cesser le bombardement de civils par l’aviation saoudienne en instaurant de fait une zone d’exclusion aérienne avec une défense antiaérienne efficace. Deux chasseurs saoudiens ont déjà été abattus par la DCA de l’armée yéménite, selon la chaîne Al-Mayadeen. Si, à chaque sortie, l’Arabie Saoudite perdait un ou deux appareils, les raids se feront de plus en plus rares. Le royaume a peut-être assez de milliards pour acheter autant d’avions qu’il veut, mais les pilotes ne se forment pas en un jour. L’intervention des coalisés ne pouvant, dans un premier temps, être qu’aérienne, à la mode américaine, elle n’irait pas bien loin si une zone d’exclusion aérienne était instituée. A moins de rappeler tous les Daeshiens d’Irak et de Syrie au Yémen, l’Arabie Saoudite et ses maîtres risquent un revers de plus dans ce pays.

Publié dans presse nationale

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