Vol d’un Christ du XVe siècle par un député PS : la laïcité a bon dos

Publié le par Denis PIGNOL

Vol d’un Christ du XVe siècle par un député PS : la laïcité a bon dos

Vol d’un Christ du XVe siècle par un député PS : la laïcité a bon dos

Si monsieur Freyburger avait une tout autre étiquette, et s’il avait arraché un symbole d’une tout autre religion - autrement plus susceptible -, il aurait déjà été brûlé en place médiatique.

Boulevard Voltaire | Gabrielle Cluzel | Ecrivain, journaliste | 18-03-2015

« Le Christ réapparaît à Dessenheim », titrait ce mardi le site des Dernières Nouvelles d’Alsace. Non pas que ce village alsacien soit une sorte de nouveau Lourdes, lieu de manifestation céleste, mais c’est à un de ses curés – très gêné de ce battage – que « Pierre Freyburger a remis la sculpture du Christ qu’il avait décrochée vendredi de la salle de l’assemblée du conseil général du Haut-Rhin ». Selon les DNA, à cette date, « l’intéressé n’[avait] pas encore été interrogé par la police ».

Cet élu PS – pris, selon ses mots, d’un « coup de sang » – avait en effet emporté avec lui « au nom de la laïcité » l’œuvre d’art du XVe siècle qui ornait depuis des temps immémoriaux les murs du conseil général du Haut-Rhin. L’assemblée départementale avait porté plainte pour vol.

Je serais théologienne, je dirais que le Christ qui disparaît le vendredi pour ne réapparaître que le mardi, ce n’est pas le tempo habituel.

Je serais Femen, je réclamerais des droits d’auteur et rappellerais que, pour adhérer au club, il faut pouvoir justifier d’un décolleté pigeonnant et ouvert à tous vents, ce dont monsieur Freyburger, jusqu’à preuve du contraire, n’a pas encore fait montre.

Je serais rom, je trouverais cette affaire très injuste. Car évidemment si ce n’était pas un élu proche du pouvoir, mais un des miens, qui avait subtilisé ce Christ en bois polychrome estimé à 30.000 €, Le Parisien ne mettrait pas le mot « vol » entre guillemets, et il y a belle lurette, tiens donc, que « l’intéressé » aurait été interrogé par la police. Et plus, si affinités.

Je serais flic, je me demanderais si monsieur Freyburger ne se paie pas un peu notre tête. Car monsieur Freyburger a le « coup de sang » réfléchi, la spontanéité organisée : flanqué d’un complice, un sac à portée de main pour y fourrer l’objet du délit, il a attendu, comme le rapportent les journaux, que la salle soit vide pour passer à l’acte.

je serais alsacienne, je soupçonnerais les socialistes d’en vouloir spécialement à mon coin de terre, qui a pourtant déjà bien souffert. Écarteler la région, puis attaquer sa religion en conspuant le Concordat. Et quoi encore ? Interdire les marchés de Noël ? Créer une taxe sur les bretzels ?

Je serais politicienne, je glisserais que si monsieur Freyburger avait une tout autre étiquette, et s’il avait arraché un symbole d’une tout autre religion – autrement plus susceptible -, il aurait déjà été brûlé en place médiatique, sous les crachats.

Je serais historienne, je jugerais cette période troublante, commencée à Noël, avec la Sainte Famille chassée des lieux publics et ne sachant plus où crécher, et se poursuivant à Pâques, par cette croix « objet de scandale ». Et lui trouverais comme un air de déjà-vu.

Je serais Manuel Valls, je regretterais de ne pas avoir gardé la foi de mes aïeuls espagnols, car alors, devant un tel micmac à quelques jours des élections, je pourrais supplier en mon for intérieur : « Mon Dieu, gardez-moi des mes amis, mes ennemis je m’en charge… »

Publié dans presse nationale

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