Un autre regard sur le 19 mars 1962 !

Publié le par Denis PIGNOL

Denis Magliulo, Guy Renaudin et Jean Pagès, trois anciens combattants, évoquent la guerre. - Agence ISSOIRE
Denis Magliulo, Guy Renaudin et Jean Pagès, trois anciens combattants, évoquent la guerre. - Agence ISSOIRE

Jean Pagès, Denis Magliulo et Guy Renaudin se souviennent en cette date anniversaire

Michel Chalier | La Montagne |Auvergne | Puy-de-Dôme | Issoire 19/03/15 - 06h00

Les hasards de la vie les ont rassemblés à Saint-Babel et au sein d’une même association d’anciens combattants. En cette date anniversaire du cessez-le-feu, Jean Pagès, Denis Magliulo et Guy Renaudin se souviennent de leur guerre d’Algérie.

Trois regards sur la guerre d'Algérie

«On m'a mis à la porte alors que j'étais chez moi. » Cela fait un demi-siècle que ce sentiment habite Denis Magliulo, Français d'Algérie contraint d'abandonner sa terre natale après l'indépendance. Quand Jean Pagès a posé les pieds en Algérie, il n'avait quitté son Cantal que pour rejoindre la nouvelle ferme familiale à Sallèdes (Puy-de-Dôme). Vingt-quatre mois, là-bas, que « seule l'insouciance de la jeunesse m'a permis de supporter. »

Quant à Guy Renaudin, sans avoir connu la Guerre d'Algérie, il en a vécu les prolongements « guère plus reluisants. »

« On aurait pu éviter bien des morts »

« Je suis né en France… à Philippeville. » En 1939, la question de la nationalité ne se pose pas quand on naît en Algérie. Denis Magliulo fréquente donc la communale comme tous les petits Français de la métropole, entourés d'enfants musulmans et juifs : « On cohabitait avec bonheur. Il n'y avait pas de ghetto. » « Des problèmes en Algérie en 1956, on n'en savait que ce qu'on en entendait à la radio, explique Jean Pagès. J'ai commencé à réfléchir quand on m'a dit, durant les classes, que j'allais y partir. Reste qu'il faut que les balles te sifflent aux oreilles pour réaliser complètement. » Il avoue « avoir été bien servi en terme de combats. »

L'Afrique du Nord, Guy Renaudin l'a connue très jeune. Un père militaire de carrière l'a baladé de caserne en caserne, et notamment dès l'âge de 6 ans au Maroc (1948-50). Les deux années suivantes, il les a passées à Bougie en Algérie. De ces trois anciens combattants, Denis Magliulo aurait dû être le plus averti : « On savait que certains colons n'étaient pas corrects surtout à l'intérieur des terres. Mais de là à imaginer que ça allait s'envenimer comme cela, je n'en avais pas conscience. »

Jean Pagès va comprendre très vite le malaise. Le 17 mars 1956, il a débarqué en Algérie. Le 17 du mois suivant, il a croisé la mort : sept tués dans une embuscade, « dont mon meilleur pote de classes, dix-sept en face. » Son père avait été mobilisé sur place entre 1954 à 1958. Guy Renaudin a effectué la traversée en tant qu'appelé le 1 er mai 62. Le cessez-le-feu est en vigueur. « La cohabitation était difficile avec l'armée algérienne. Nous étions sur nos gardes. La nuit, on entendait des rafales. C'étaient les règlements de compte entre le FLN et les harkis. »

Tous les trois ont eu le fusil en main. Pas pour la parade. Jean Pagès avoue « avoir tiré à l'aveuglette dans les fourrés, en espérant que le bruit suffisait à faire fuir l'autre en face. Mais d'abord pour sauver sa peau. » Guy Renaudin a eu à faire à l'OAS : « Une sale guerre entre Français qui a fait des morts aussi. »

« Il faut que les balles te sifflent aux oreilles pour réaliser complètement »

Fin 1961, Denis Magliulo a retrouvé la vie civile. Il pensait rester en Algérie mais « De Gaulle nous a trahis. » De retour chez lui après 28 mois de mobilisation et une période plus calme au fin fond du Sahara, Jean Pagès a le sentiment d'un gros gâchis. Le paysan qu'il était alors pense que les techniques agricoles modernes de la métropole auraient pu amener plus de confort aux Algériens. « Mais toute cette colonisation n'avait pas été forcément belle ! »

Après le Maroc, la Tunisie, l'Indochine qui avaient obtenu leur indépendance, « c'était forcé que l'Algérie réclame la sienne. On aurait pu éviter bien des morts, assure Denis Magliulo. Suite à l'assassinat d'un camarade de travail, je suis rentré chez moi et le lendemain, j'ai pris le râteau. À midi pile, les couleurs françaises sont descendues du mât, le drapeau algérien est monté. J'ai compris que je ne remettrai plus les pieds dans mon pays natal. » C'était le 2 juillet, jour de l'indépendance.

Publié dans presse nationale

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