Taxer les dépôts bancaires ? Et si on n’avait pas le choix ?

Publié le par Denis PIGNOL

Taxer les dépôts bancaires ? Et si on n’avait pas le choix ?

Taxer les dépôts bancaires ? Et si on n’avait pas le choix ?

Nos ancêtres en 1789 (décret de nationalisation des biens du clergé) et les Russes en 1917, eux, n’y étaient pas allés par quatre chemins. Si personne ne veut payer, pourrons-nous faire l’économie d’une révolution ?

Boulevard Voltaire | Christophe Servan | Gestionnaire de fonds d’investissement | 06-03-2015

La trivialité du moyen – une mélodie banale sur des paroles maladroites – ne nous dispense pas d’examiner avec sérieux le sujet évoqué : si la croissance économique des trente dernières années a permis à un bon tiers de l’humanité de sortir du sous-développement, elle a été aussi dramatiquement inégalitaire, non seulement entre classes sociales mais aussi, fait nouveau, entre classes d’âge et aux dépens des générations à venir. La faute à une activité économique indifférente aux dégâts sur l’environnement qu’elle pouvait causer, la faute à une croissance tirée par l’endettement, et notamment l’endettement public. Telle est la question subliminale soulevée par la dernière chanson des Enfoirés, un thème central qui, sous un habillage différent, apparaît en filigrane derrière à peu près tous les grands sujets économiques et politiques de notre époque.

Lorsqu’on évoque la dette de l’État, les Français (habituellement) pointent du doigt le trop grand nombre de fonctionnaires et une protection sociale excessivement généreuse par idéologie droit-de-l’hommiste. C’est commode mais ce n’est pas le sujet. Tant que l’argent circule, il contribue au fonctionnement de l’économie. Le vrai sujet est posé lorsque la destination finale des dépenses de l’État est stérile du point de vue de l’emploi : transferts vers l’étranger des travailleurs migrants et fraude fiscale, achat de produits importés, constitution d’un patrimoine, notamment immobilier. L’immigration, la fraude fiscale et le déficit de notre balance commerciale sont des questions majeures mais qui peuvent être traitées spécifiquement et séparément. Plus complexe est celle de l’épargne. L’artisan, la PME ou la grande multinationale, qui ne bénéficient d’aucune prestation de l’État, comptent néanmoins parmi leurs clients bon nombre de citoyens qui, eux, en bénéficient. De fil en aiguille, on découvre que la dette publique – pour une grande partie – a pour contrepartie le patrimoine des Français, d’où la question qui habituellement fait dresser les oreilles de nos lecteurs : pour rembourser la dette, ne serait-il pas plus juste d’opérer une ponction (unique) sur leur patrimoine plutôt que de rogner indéfiniment sur leurs revenus ?

La réponse à cette question ne va pas de soi. D’un point de vue purement économique, il ne fait aucun doute que, dans un pays qui connaît à la fois un chômage de masse et une bulle immobilière, c’est du côté de la consommation et non de l’épargne qu’il faut chercher le moteur de la reprise ; taxer l’épargne est donc un moindre mal. Ce serait le contraire si la France connaissait le plein-emploi et si l’appareil productif tournait à plein régime. Dans cette seconde éventualité, la nécessité de stimuler l’investissement impliquerait de favoriser l’épargne. Et puis, que pèse l’effondrement probable du prix des actifs immobiliers et financiers à coté d’une baisse significative des prélèvements obligatoires que pourrait se permettre l’État après avoir épuré son passif ?

Le point de vue éthique est plus complexe. Il n’est pas moral de faire peser sur nos enfants les conséquences d’une gestion dispendieuse dont nous et nos parents ont été les bénéficiaires, mais il n’est pas moral, non plus, de taxer rétroactivement des revenus qui ont déjà subi l’impôt une première fois.

Reste le plus important : la mise en œuvre pratique. Sachant qu’il faudra bien définir un seuil en deçà duquel l’épargne devrait être totalement exonérée, comment taxer en proportion de la richesse des épargnants si ceux-ci et ceux qui seraient amenés à prendre cette décision sont notoirement de connivence, quand il ne s’agit pas, tout simplement, des mêmes personnes ?

Nos ancêtres en 1789 (décret de nationalisation des biens du clergé) et les Russes en 1917, eux, n’y étaient pas allés par quatre chemins. Si personne ne veut payer, pourrons-nous faire l’économie d’une révolution ?

Publié dans presse nationale

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