SOS manuscrits d’orient !

Publié le par Denis PIGNOL

SOS manuscrits d’orient !

SOS manuscrits d’orient !

Il y a quelques semaines, c’est ici en Irak que les combattants de l’ « Etat islamique » prenaient part, une fois de plus, à la destruction du patrimoine culturel mondial.

Boulevard Voltaire | Alexandre Goodarzy | Journaliste indépendant | 02-04-2015

Vous vous souvenez des bouddhas de Bamyan dynamités par les Taliban en 2001 ?

Tout ce qui a préexisté à la naissance de l’Islam n’est que paganisme et blasphème… et par conséquent, mérite de disparaître ! Voilà ce qu’on entend par l’expression “al Jahylillah”, qui veut dire: époque « de l’ignorance », ou « de l’obscurantisme ».

Il y a quelques semaines, c’est ici en Irak que les combattants de l’ « Etat islamique » prenaient part, une fois de plus, à la destruction du patrimoine culturel mondial. La Plaine de Ninive a été ravagée et l’antique cité assyrienne de Nimrud, située dans le nord de l’Irak, fut attaquée et rasée après avoir été dépossédée de ses objets archéologiques vieux de 13 siècles avant Jésus-Christ. Non loin de là, Mossoul a elle aussi été victime de massacres et de pillages, entièrement vidée de sa population chrétienne. Les djihadistes ne se sont pas contentés d’anéantir la vie et l’avenir des Chrétiens, ils s’en sont aussi pris à leur passé, à leur histoire, en saccageant des sculptures millénaires à grands coups de masse…

Père Najeeb, frère dominicain, est parvenu à échapper au carnage et à emporter avec lui une partie de l’héritage national compilée dans de nombreux manuscrits vieux de plusieurs siècles. Il est actuellement l’un de ceux qui s’emploient corps et âme à tenter de recoller les morceaux d’une humanité que ceux qui prétendent combattre pour Dieu s’acharnent à faire voler en éclat.

Frère dominicain, né à Mossoul, originaire de Sanate au Nord du Kurdistan irakien, Abouna Najeeb est l’archiviste de ce même ordre depuis 1988. Il est également le directeur et le fondateur du Centre Numérique des Manuscrits Orientaux, fondé à Mossoul en 1990. Père Najeeb y numérisera plus de 7.000 manuscrits en 5 ou 6 langues différentes et sur plus d’une quinzaine de sujets différents, ainsi que des milliers de documents de grande importance des églises d’Irak et de Turquie.

Pour le Père Najeeb, le plus urgent est de sauvegarder les ouvrages originaux et d’en faire des copies au cas où d’autres événements surviendraient. En attendant les moyens financiers d’une restauration complète de ces manuscrits, Abouna Najeeb et son équipe de « sauveteurs » se chargent de les restaurer et les numériser.

Dans les siècles passés, la circulation du savoir n’était pas aussi évidente qu’aujourd’hui et « il y a beaucoup de Pères de l’Eglise ici qui ont écrit des textes qui sont restés inconnus et qui n’ont jamais été traduits à l’étranger ».

« Nous sommes une sorte de « SOS manuscrits ou SOS héritage d’Orient » mais malheureusement il existe aussi d’autres anti-SOS qui continuent à ravager encore et encore l’histoire de la Mésopotamie.
Un peuple sans histoire n’a pas d’identité et une histoire sans peuple n’a pas d’utilité. C’est dommage de perdre des êtres humains. Il faut sauver les deux en même temps : sauver les peaux mortes et les peaux vivantes. C’est pourquoi nous numérisons ces collections dans un centre de réfugiés. Ça a beaucoup de sens pour moi parce qu’on s’est sauvé ensemble, on conserve notre histoire ensemble et on travaille ensemble ».

Publié dans presse nationale

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