Sept ans de prison pour le buraliste de Lavaur

Publié le par Denis PIGNOL

Sept ans de prison pour le buraliste de Lavaur

Sept ans de prison pour le buraliste de Lavaur

Luc Fournié a décidé de se faire justice lui-même face à l’impéritie des pouvoirs publics. Un jeu dangereux qui peut très vite mener devant une cour d’assises.

Boulevard Voltaire | François Teutsch | Avocat | 03-04-2015

À Lavaur, dans le département du Tarn, le buraliste Luc Fournié a décidé de se faire justice lui-même face à l’impéritie des pouvoirs publics. Un jeu dangereux qui peut très vite mener devant une cour d’assises, surtout à une époque où la légitime défense est considérée comme le vestige étrange des guerres privées, qu’il faut à tout prix supprimer, ou à tout le moins rendre impraticable. On ne sait jamais, que cela donne des idées…

Luc Fournié vivait depuis des semaines dans l’angoisse du casse. En cause, le passage d’individus qui lui semblaient suspects, une vie en vase clos entre sa vieille mère et sa sœur dans un appartement au-dessus du tabac, et le sentiment – pas tout à fait condamnable- que les bourgs de campagne sont désertés par les forces de gendarmerie incapables d’être partout à la fois. Quatre jours avant le drame, il a découvert un barreau de fenêtre scié et maladroitement camouflé. Il ne lui en a pas fallu plus, après avoir averti les gendarmes qui ont promis une surveillance, pour décider de dormir dans son commerce.

La nuit où il a entendu un carreau se briser, Luc Fournié a armé son fusil. Quelques minutes plus tard, lorsque les deux cambrioleurs ont déclenché le piège grossier mis en place par le commerçant, il a tiré presque à bout portant. Bilan : un mort. Pas un délinquant d’habitude issu d’on ne sait quelle communauté. Un gamin de 17 ans, entraîné là par un de ses copains étudiant, presque pour rire. Pour rire…

Luc Fournié a agi mû par la peur. À l’audience, de nombreuses questions ont fusé : pourquoi ne pas avoir fait réparer le barreau descellé, les détecteurs de présence, pourquoi ne pas avoir appelé immédiatement les gendarmes, puisque sa sœur était au-dessus ? Et surtout, plutôt que de tirer dans le noir, pourquoi ne pas avoir allumé la lumière ? Toutes questions que se posent nécessairement des jurés aux préoccupations bien éloignées de celles du commerçant. Questions posées à froid, sans égard pour cette peur qui paralyse, qui rend fou et mène parfois à des drames. Cette boule au ventre que connaissent tous ceux que leurs fonctions exposent aux agressions. Ces jurés ont raison, de leur point de vue. Mais ils ne comprennent pas ce qui se passe vraiment dans la tête d’un homme que l’angoisse égare.

Le seul à l’avoir compris, c’est l’avocat général. Chargé de requérir contre l’accusé, il a parsemé son propos d’allusions assez transparentes pour que chacun entende, sans qu’il ne la prononce jamais, l’expression « légitime défense ». En vain. La cour d’assises a condamné Luc Fournié à 7 ans de prison.

Il y a quelques semaines, le mensuel Causeur consacrait sa une à « La tentation de l’autodéfense ». De quoi hérisser le poil des magistrats syndiqués. Seul l’État de droit possède le monopole de la violence légale. Mais la loi, et la morale, ont toujours reconnu le droit à la légitime défense, à des conditions strictes. Luc Fournié n’entre manifestement pas dans ce cadre précis si l’on considère qu’il ne se trouvait pas dans une situation de danger immédiat pour sa vie. Mais il va falloir mettre dans la tête des magistrats que ces drames risquent à l’avenir de se multiplier : le laxisme judiciaire, le manque de moyens accordés aux forces de l’ordre, la volonté du gouvernement de « repeupler » les départements ruraux avec les immigrés fraîchement arrivés, tout cela constitue un cocktail explosif…

On pourra toujours verser des larmes de crocodile sur ces malheureux jeunes qui, à cause de la vivacité d’un homme terrorisé et armé, ont perdu la vie. On pourra dire, avec raison, qu’un cambriolage ne vaut pas la peine de mort. Alors, il faudra accepter que cela vaille une vraie peine de prison. Tant que Taubira est au ministère, c’est une illusion.

Publié dans presse nationale

Commenter cet article