Sécurité routière : quand les limitations de vitesse limitent aussi nos libertés

Publié le par Denis PIGNOL

Sécurité routière : quand les limitations de vitesse limitent aussi nos libertés

Sécurité routière : quand les limitations de vitesse limitent aussi nos libertés

On a les enjeux qu’on peut.

Boulevard Voltaire | Nicolas Gauthier | Journaliste, écrivain | 13-05-2015

Avec George Orwell, on connaissait « Big Brother ». Nos sociétés contemporaines ont amélioré le machin, sachant que nos vies, dans leurs moindres détails quotidiens, sont désormais régies par « Big Mother ». Faites du sport. Ne fumez pas. Mangez cinq fruits ou légumes par jour. Ne grignotez pas entre les repas. Ne complimentez pas les filles sur le galbe de leurs hanches. Ne riez pas aux spectacles de Dieudonné. Dites bonjour à la dame, ne vous endormez pas sans avoir rangé votre chambre. Et, surtout, ne roulez pas trop vite en voiture.

Nous en voilà revenus à l’ubuesque feuille de route du président Chirac en 2002, lorsque prétendant que son second mandat mettrait à l’honneur la défense des handicapés, la lutte contre le cancer et la sécurité routière… Quelle ambition. Quelle « vista ». Quelle andouille…

Ainsi, après avoir un temps tenté de réduire la vitesse sur autoroute de 130 à 110 km/h – sans succès jusque-là, tant la mesure était sotte –, voilà que le gouvernement envisage d’en faire de même de nos chères routes nationales et départementales qui, limitées à 90 km/h, tomberaient à 80. Déjà qu’il y a eu un génocide de platanes – il paraît que c’était dangereux, mais on n’a encore jamais vu un arbre fondre sur une voiture -, et voilà qu’ils viennent nous embêter, restons polis, avec les derniers espaces de liberté routière, nos chemins de France qui nous emmenaient au soleil, naguère si bien chantés par le défunt Charles Trenet.

Comme toujours, dès qu’un coup tordu se prépare, on nous fait celui des « vies à sauver ». Pas de chance, la très combative Ligue des conducteurs a tôt réagi, par la voix de sa porte-parole Christiane Bayard : « Les infrastructures routières sont en cause dans 40 % des accidents mortels. En matière de vitesse, ce ne sont pas les petits dépassements de la vitesse réglementaire qui sont les plus dangereux, mais bien la vitesse inadaptée aux circonstances. » Ainsi, les trois tronçons qui seront assujettis à cette limitation de vitesse sont-ils actuellement les plus mortels. Mais pas à cause de l’excès de vitesse des automobilistes qui les empruntent ; seulement parce que la voirie mériterait quelques menus aménagements.

Un fait que cette même Ligue des conducteurs a déjà signalé aux autorités compétentes il y a plus d’un an, et resté lettre morte depuis. Car cela coûte des sous et n’en rapporte pas, contrairement aux radars qui, à défaut d’enjoliver nos routes, emplissent au moins les caisses de l’État. D’ailleurs, sur les trois tronçons en question, Christiane Bayard joue sur du velours en assurant, dans le même communiqué : « Sur ces tracés, la grande majorité des accidents relève de chocs frontaux. Ce n’est pas une baisse de vitesse de 10 km/h qui permettra d’échapper à ces accidents. Pire : cette mesure risque même d’être accidentogène. Camions et voitures roulent à la même vitesse et tout dépassement deviendra plus périlleux encore. »

Il n’empêche, à l’heure où l’Europe chancelle, submergée qu’elle est par l’immigration, mais surtout par son absence de politique, où la France connaît un chômage sans précédent, une délinquance relevant du jamais vu, voilà les nouvelles priorités gouvernementales : rouler à 80 ou 90 km/h sur les routes nationales ou paquet de clopes anonyme ou non. On a les enjeux qu’on peut.

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