Refuser de fêter le 19 mars n’est pas célébrer l’Algérie française !

Publié le par Denis PIGNOL

Refuser de fêter le 19 mars n’est pas célébrer l’Algérie française !

Refuser de fêter le 19 mars n’est pas célébrer l’Algérie française !

Est-il nécessaire de rappeler d'où vient que tant de rues en France portent aujourd'hui le nom du 19 mars ?

Boulevard Voltaire | Roland Hureaux | Essayiste | 19-03-2015

En attaquant bille en tête Robert Ménard pour avoir renommé à Béziers la rue du 19-Mars-1962 rue du Commandant-Hélie-Denoix-de-Saint-Marc, Manuel Valls n’a pas peu contribué à obscurcir la mémoire des événements de la fin de la guerre d’Algérie.

N’était la personnalité exceptionnelle de celui qui a été ainsi honoré, condamné certes par le Haut Tribunal militaire en 1961, mais gracié dès 1966, unanimement respecté et, au soir de sa vie, couvert d’honneurs par tous les gouvernements, on pourrait certes tenir non le changement lui-même, mais le nouveau nom pour une provocation.

Mais en ne voyant en Denoix de Saint Marc que le participant au putsch d’Alger (ou plutôt celui qui ne voulait pas trahir sa parole d’officier), Valls ramène la question à un face-à-face absurde entre les tenants du 19 mars et ceux de l’Algérie française, comme s’il n’y avait pas d’autre position possible.

Est-il nécessaire de rappeler d’où vient que tant de rues en France portent aujourd’hui le nom du 19 mars ? Les signataires des accords d’Évian n’y sont pour rien : le général de Gaulle aurait été le premier choqué que l’on appelât de ce nom une rue en France, a fortiori qu’on fasse de cette date une fête nationale. Tenant les accords d’Évian pour un douloureux pis-aller, il savait que ce jour-là, les Algériens fêtaient, non sans arranger l’histoire, une victoire.

De même que le 1er novembre, jour qui commémore le peu glorieux assassinat d’un couple d’instituteurs français en 1954, tenu pour le début de la révolte du FLN, qui n’est certes pas devenu une fête française (encore heureux), mais que nos ambassadeurs honorent pourtant de leur présence dans toutes les capitales du monde. Ni Pompidou ni Giscard n’envisagèrent non plus de fêter le 19 mars 1962. François Mitterrand lui-même résista des quatre fers à la pression de la base socialiste pour faire de ce jour une fête nationale. Jacques Chirac ne céda pas non plus à cette démagogie. Ni Nicolas Sarkozy. Mais l’Assemblée socialiste ayant voté un texte dans ce sens en 2002, il a été avalisé par le Sénat dix ans plus tard, délai d’ailleurs discutable sur le plan constitutionnel. François Hollande aurait pu s’y opposer ; il ne l’a pas fait.

Derrière tout cela, la pression inlassable du Parti communiste qui avait fondé le principal mouvement d’anciens combattants de la guerre d’Algérie, la FNACA. Beaucoup d’adhérents de celle-ci n’étaient pas communistes mais voulaient à toute force « leur » fête, frustrés que les poilus aient le 11 novembre, les combattants de la Seconde Guerre le 8 mai et eux rien. La FNACA organisa, bien avant que cela fût officiel, des cérémonies aux monuments aux morts le 19 mars. La plupart des élus, pas seulement de gauche, prirent l’habitude de s’y rendre. En même temps, cette association harcelait les municipalités pour qu’elles instaurent un peu partout des rues du 19-Mars.

J’ai assisté à la réunion d’un conseil municipal de droite qui vota, à l’unanimité (sauf une voix : la mienne), une motion demandant que le 19 mars devienne une fête nationale. Autour de la table, personne ne savait exactement ce qui s’était passé ce jour-là, et encore moins dans les tragiques semaines qui suivirent. On savait tout au plus vaguement que c’était le jour de la « paix en Algérie ».

Pour le Parti communiste, grand amateur de symboles, la signification du 19 mars était beaucoup plus perverse : les aventures coloniales n’ayant été qu’une mauvaise chose de bout en bout, le jour où elles se sont terminées, qu’importe dans quelles conditions, devait être célébré. Les malheureux anciens combattants qui entrèrent dans ce jeu n’avaient, pour la plupart, pas conscience que cette fête disqualifiait entièrement leurs efforts et leurs souffrances.

Il est vrai que ni le mouvement concurrent, l’UNC, ni les hommes politiques qui refusaient d’entrer dans ce jeu ne firent beaucoup d’efforts pour trouver un autre jour, rappelant tel ou tel fait mémorable de notre histoire coloniale, qui leur aurait donné satisfaction. On s’avisa bien tard de leur donner le 5 décembre, jour à la signification bien pauvre puisqu’il célèbre depuis 2003 l’érection, quai Branly, d’un monument commémoratif de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc.

Cette affaire illustre une fois de plus que, si l’on laisse de côté les questions économiques et sociales – si contraintes par l’extérieur qu’elles ne sont plus significatives – et ne considère que les questions de mémoire et de société, la France est aujourd’hui gouvernée à l’extrême gauche.

Publié dans presse nationale

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