Prince Charles : un citoyen « normal »

Publié le par Denis PIGNOL

Prince Charles : un citoyen « normal »

Prince Charles : un citoyen « normal »

Au Royaume-Uni, les monarques, contrairement à la République, ne sont pas au-dessus des lois.

Boulevard Voltaire | Henri Saint-Amand | Consultant | 02-04-2015

Sous le smog anglais, Buckingham Palace prend l’eau de toutes parts. Physiquement, puisqu’on met encore des seaux pour recueillir l’eau fuiyant des toits. Économiquement, puisque le trône est contraint à réduire ses dépenses et à s’attaquer au retard des travaux de rénovation de la plupart de ses propriétés qui sont en mauvais état. Judiciairement, puisque le prince Andrew est accusé d’abus sexuel sur mineure. Enfin, politiquement depuis que le prince Charles, fâché avec Andrew, devrait être contraint, dans les prochaines semaines, de publier quelques lettres secrètes. En effet, la Cour suprême du Royaume-Uni a récemment décidé que la correspondance privée entre l’héritier au trône et les ministres serait rendue publique.

Ce qu’on reproche au futur Charles III ? D’avoir fait du lobbying auprès des ministres, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs, en particulier pour promouvoir quelques diverses organisations caritatives et quelques idées sur les législations en cours. Car le futur roi, comme l’ensemble de la famille royale, a l’obligation de s’abstenir de toute ingérence dans la politique gouvernementale.

En clair, on reproche à l’héritier du trône d’avoir outrepassé ses droits constitutionnels. Ce qui est à la fois vrai et faux. Vrai parce que les monarques anglais règnent mais ne gouvernent pas. Faux, intellectuellement, dans la mesure où le royaume est en « lieutenance générale » et qu’il est sociologiquement inepte qu’un futur roi ne s’intéresse pas, un minimum, aux affaires d’un pays qu’il est censé représenter.

Mais c’est sans compter sur le caractère de feu du prince Charles qui s’est toujours considéré comme un « dissident politique ». Il aimerait aussi rester dans l’histoire et ne pas être effacé des tablettes. Sa reine de mère mourra quoi qu’il arrive en charge. Élisabeth II, qui n’a jamais trop porté son fils aîné dans son cœur, aimerait bien sauter une génération et confier la couronne à son petit-fils William. Charles aimerait peser dans le débat et ses notes secrètes, ses conversations avec les ministres sont un des ses moyens pour exister.

Le plus intéressant est qu’en 2012, le procureur général d’Angleterre avait interdit la diffusion de ces mémos confidentiels appelés "black spider" memos (« notes de l’araignée noire », en raison de l’écriture désordonnée du prince) et susceptibles de compromettre le futur monarque. Le Premier ministre, David Cameron, avait lui-même confié à la presse qu’il était prêt à tout pour empêcher la publication de ces notes.

Cette décision de la Cour suprême prouve aussi que le prince Charles a peut-être le titre de prince, de régent de facto du royaume mais qu’il a moins de droits qu’un citoyen lambda. Le droit à la correspondance privée et à exprimer son opinion sur tel ou tel sujet. Elle prouve également qu’au Royaume-Uni, les monarques, contrairement à la République, ne sont pas au-dessus des lois. Le prince Charles, citoyen normal ? Est-ce la fin de la monarchie britannique ?

Publié dans presse nationale

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