Prime d’activité : le dénuement, c’est maintenant !

Publié le par Denis PIGNOL

Prime d’activité : le dénuement, c’est maintenant !

Prime d’activité : le dénuement, c’est maintenant !

Vous êtes fauché, précaire et sans-dents ? Eh bien, grâce aux socialistes, vous allez le rester longtemps.

Boulevard Voltaire | Eloïse Gloria | Journaliste | 04-03-2015

Vous êtes fauché, précaire et sans-dents ? Eh bien, grâce aux socialistes, vous allez le rester longtemps. Manuel Valls présentait, ce mardi, la nouvelle feuille de route de son plan quinquennal contre la pauvreté, qui possède l’étrange particularité de ne pas lutter contre celle-ci mais de la pérenniser. Ne parvenant décidément pas à inverser cette facétieuse courbe du chômage et encore moins à ranimer l’encéphalogramme désespérément plat de la croissance hexagonale, le gouvernement en est réduit à bidouiller des effets d’annonce cosmétiques pour hameçonner un électorat en fuite.

Ainsi, la prime pour l’emploi (PPE) et le RSA activité vont disparaître (abracadabra, on supprime les mots du milieu) au profit de la prime d’activité, un artifice qui ne manquera pas de favoriser la création d’emplois peu qualifiés payés au lance-pierre. L’objectif est, bien sûr, de pousser les chômeurs à reprendre un emploi, même mal rémunéré. Versée aux actifs dont le salaire est inférieur à 1,2 SMIC, elle avantagera surtout ceux touchant 0,5 SMIC (environ 800 euros), qui pourraient voir le montant de leurs aides doubler et avoisiner les 250 euros.

La procédure d’attribution de cette nouvelle prime, dont l’enveloppe globale s’élévera à quatre milliards d’euros et qui entrera en vigueur en 2016, sera facilitée et plus ciblée. Le RSA activité, du fait de sa complexité, n’était demandé que par un tiers des ménages qui pouvaient y prétendre. La PPE concernait, elle, cinq millions de foyers mais ne saupoudrait souvent que de petites sommes versées en tant que crédit d’impôt, donc avec un an de décalage. Autre nouveauté : les jeunes travailleurs y auront droit dès 18 ans.

Difficile de voir dans ce dispositif, qui relève plus du goutte-à-goutte palliatif que de l’électrochoc, autre chose qu’un écran de fumée pour rassurer la gauche frondeuse, récupérer les voix des jeunes et des chômeurs qui rejoignent en masse le Front national, et se soumettre à une logique européenne de précarisation de l’emploi. Comme en Allemagne ou aux États-Unis, on verra fleurir des jobs à temps partiel, peu gratifiants, mal rétribués, qui feront certes baisser les chiffres du chômage, mais pas celui des demandeurs qualifiés, diplômés ou seniors.

Au bout de trois ans de mandat, force est de constater que François Hollande n’a pris aucune mesure audacieuse pour stimuler l’embauche. N’eût-il pas mieux valu réfléchir à un contrat de travail unique que de consolider un marché de l’emploi à deux vitesses qui va générer des hordes de smicards sans aucune perspective d’avenir stable ? N’eût-il pas été plus judicieux de revoir le statut d’auto-entrepreneur miné par une kyrielle de taxes, d’inciter fiscalement les petites entreprises à créer des postes aux salaires décents, d’arrêter d’accueillir plus de 200.000 immigrés officiels par an, de mettre enfin sur pied un suivi et une formation des chômeurs efficaces et organisés ? Le gouvernement Valls a abandonné toute ambition de combattre la paupérisation, se contentant de balancer quelques pièces d’aumône par pur calcul politicien.

Publié dans presse nationale

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