Port du voile à l’université, un serpent de mer

Publié le par Denis PIGNOL

Port du voile à l’université, un serpent de mer

Port du voile à l’université, un serpent de mer

L’interdiction du voile dans les universités ne saurait se faire sur des critères aussi subjectifs que celui de l’oppression des femmes par le port de vêtements religieux.

Boulevard Voltaire | Gabriel Robin | Juriste | 05-03-2015

Passons sur l’absurdité d’un secrétariat d’État aux Droits des femmes, lequel, pour promouvoir l’égalité entre hommes et femmes, sacralise une inégalité de fait en distinguant une moitié de la population par rapport à l’autre. Les femmes sont les égales des hommes en droit et, en tant que citoyennes, ne valent pas plus et pas moins que leurs homologues du sexe masculin. Un tel ministère est donc inutile, sauf pour rassurer quelques cerveaux malades et paranoïaques.

Pascale Boistard, secrétaire d’État aux Droits des femmes, a relancé le débat sur le port du voile islamique à l’université. Elle s’est déclarée, à titre personnel, opposée au port de ce vêtement religieux au sein des établissements de l’enseignement supérieur public. Dans une interview au « Talk » du Figaro, Pascale Boistard a livré ses convictions profondes, visiblement mal à l’aise. Après avoir affirmé être « contre » le port du voile, elle a indiqué : « Je n’y suis pas favorable, même si ce n’est pas une obligation. L’université peut faire partie de ces espaces publics où le port du voile… » Il ne manque pas un bout de phrase, Madame Boistard est simplement incapable d’aller au bout de son idée, de peur d’être traitée de tous les noms et de réactiver un débat qui pourrait incommoder sa propre majorité.

Le journaliste du Figaro a poursuivi son entretien en demandant s’il fallait œuvrer pour interdire le port du voile dans les universités, ce à quoi Pascale Boistard a répondu que les « présidents d’université devaient dialoguer avec les étudiants ». Puis, suite à une précision du journaliste qui l’interrogeait quant à l’opportunité d’une loi interdisant le voile à l’université, elle a répondu : « Il faut pouvoir en discuter. L’université est un lieu où l’on doit pouvoir parler de tout, constamment. Je ne suis pas sûre que le voile fait partie même de l’enseignement supérieur. » Cette prise de position, plutôt courageuse pour une socialiste (bien que largement insuffisante), entre en contradiction avec le point de vue de Geneviève Fioraso qui estimait, en 2013, que le voile à l’université ne « pose pas de problème » et « qu’aucune université n’avait saisi le ministère [de l’Enseignement supérieur et de la Recherche] » à ce sujet.

Le secrétariat d’État aux Droits des femmes, au-delà du caractère inédit et antirépublicain de sa mission, ne saurait être compétent en la matière. L’interdiction du voile dans les universités ne saurait se faire sur des critères aussi subjectifs que celui de l’oppression des femmes par le port de vêtements religieux, mais bien plutôt sur un critère simple : les universités n’ont pas à souffrir du prosélytisme et les étudiantes n’ont pas à afficher ouvertement des signes ostentatoires, qui sont aujourd’hui bien souvent plus politiques que religieux. L’université est un lieu d’apprentissage et de mélange social, le port du voile doit y être interdit ; d’ailleurs, les Français le veulent à 78 % selon un récent sondage IFOP.

Publié dans presse nationale

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