Partis politiques : billard à trois bandes

Publié le par Denis PIGNOL

Partis politiques : billard à trois bandes

Partis politiques : billard à trois bandes

Après une longue et intense réflexion, Sarkozy s'est fendu d'un FNPS qui témoigne d'une grande créativité pour répondre à l'UMPS, et fait un flop remarquable dans l'opinion.

Boulevard Voltaire | Christian Vanneste | Homme politique | Ancien député UMP | 09-03-2015

Il y a trois grands partis. On pourrait imaginer entre eux une compétition consistant à séduire ou à convaincre les électeurs par des propositions sur l’avenir du pays. Dans un État surendetté, enclin à restreindre la dépense publique, la capacité d’action des politiques est faible, sauf à promettre le sang, la sueur et les larmes. N’étant pas suicidaires, ils se contentent donc modestement d’autres promesses qui ne seront pas tenues, comme le soupçonnent les électeurs, notamment ceux qui iront à la pêche. Le problème des politiciens n’est pas de résoudre ceux du pays, mais de sauvegarder leur « métier ». Dès lors, les idées ou les projets comptent peu. La politique ne rime plus qu’avec tactique et devient un jeu délectable pour les habiles. Dans un système dominé par l’élection présidentielle, qui ne conserve que deux candidats au second tour, la tactique du PS comme de l’UMP consiste à se retrouver face au FN au second tour. Le calcul est d’une parfaite symétrie : toujours en parler pour qu’il soit premier ou second, mais le dresser en épouvantail pour que, choisi par une majorité relative au premier tour, il soit éliminé par une majorité absolue au second.

Cette exception française explique tout. L’UMP a été au pouvoir pendant dix ans d’affilée après la victoire « historique » de Chirac contre Le Pen. Aucune réforme structurelle n’a été mise en œuvre. Sarkozy a voulu changer de tactique en siphonnant l’électorat frontiste. Il y est parvenu en 2007, mais en décevant ses électeurs par la suite. En 2012, le procédé était émoussé et contesté dans son propre camp. Aujourd’hui qu’il a renoncé à une retraite annoncée qu’on croyait aussi définitive que l’abstinence chez un addictif, il change donc son fusil d’épaule. Il n’est plus nécessaire d’effaroucher les centristes pour séduire les frontistes, car les premiers risquent de lui préférer Juppé et les seconds semblent attachés solidement à Marine. Quant aux électeurs de gauche capables de voter Chirac, il y a du travail pour les amener à glisser dans l’urne un bulletin Sarkozy. Donc, il faut dénoncer la manœuvre perfide des socialistes. Ce sont eux qui font monter le FN par leurs provocations dans les domaines de la sécurité, de la justice et de l’immigration. Si le PS a intérêt à ce que le FN soit fort et l’UMP faible, le message de Sarkozy aux électeurs de droite est simple comme le billard : ne vous laissez pas duper. Si vous votez FN plutôt qu’UMP, le PS sera présent au second tour et l’emportera. Votez utile ! On ne peut innover davantage ! Certains se sont étonnés du goût « réchauffé » des propositions récentes de l’ancien Président. En fait, elle sont sans importance. Il suffit de convaincre les électeurs de droite que le seul moyen de battre la gauche est de voter UMP. Savoir si cette victoire conduira à une politique de droite, une réelle nouveauté dans notre pays, est subalterne. Pourquoi effrayer l’électeur avec des réformes pénibles, quand la logique du moindre effort consiste à se trouver devant le perdant à coup sûr au second tour !

C’est pourquoi, après une longue et intense réflexion, Sarkozy s’est fendu d’un FNPS qui témoigne d’une grande créativité pour répondre à l’UMPS, et fait un flop remarquable dans l’opinion.

Publié dans presse nationale

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