Pacifique : comment la Chine nargue les Américains

Publié le par Denis PIGNOL

Un navire chinois apporte du remblai sur un îlot des Spratleys. Une stratégie du fait accompli qui inquiète les voisins du géant asiatique. © AP Photo/Philippine Department of Foreign Affairs
Un navire chinois apporte du remblai sur un îlot des Spratleys. Une stratégie du fait accompli qui inquiète les voisins du géant asiatique. © AP Photo/Philippine Department of Foreign Affairs

Pacifique : comment la Chine nargue les Américains

Sébastien Falletti - Le Point - Publié le 18/05/2015 à 10:12 - Modifié le 18/05/2015 à 14:07

En mer de Chine du Sud, Pékin construit sa "grande muraille de sable" au mépris de ses voisins. Les Américains font les gros yeux. En vain.

Depuis quelques mois, la tension monte sur les archipels des Spratleys et Paracels, où la Chine affirme désormais sa souveraineté en construisant "une grande muraille de sable". À coups de dragage et de remblais, Pékin transforme des récifs en îles artificielles, où elle bâtit de nouvelles bases avancées à la disposition de l'Armée populaire de libération. Comme à Fiery Cross Reef, devenu en quelques mois une île de plus de trois kilomètres de long où une piste d'atterrissage est en construction, comme le révèlent les analyses d'IHS Jane's Defence Weekly à partir d'images satellites d'Airbus. Pékin suit les traces des Philippines qui ont également construit des points d'appui dans ces eaux poissonneuses. Mais l'ampleur des efforts chinois est sans proportion avec ceux de ses rivaux. Pékin a quadruplé ses possessions depuis l'an dernier pour gagner plus de 600 hectares sur les eaux, selon le Pentagone, contre 8,4 ha pour ses voisins.

Fin de non-recevoir

Cette politique du fait accompli déclenche l'alarme jusqu'au président Barack Obama qui a accusé Pékin d'"intimider" ses voisins de l'Asean. Mais la diplomatie chinoise affirme être dans son plein droit et souligne que ses futures bases ont des fonctions "civiles". Elle refuse de négocier un code de conduite suggéré par les membres de l'Asean, impuissants face au géant et qui se tournent vers Washington en quête de soutiens politiques et militaires. "Même les Singapouriens deviennent très anxieux face aux pratiques chinoises", analyse un diplomate occidental dans la région.

Mais John Kerry a essuyé une fin de non-recevoir dans la capitale chinoise ce week-end. Son homologue, Wang Yi, a réaffirmé sa détermination "inébranlable" à défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale "qui sont aussi solides qu'un roc".

Dilemme

Déjà, les stratèges américains travaillent à des "actions" dans la zone pour réaffirmer le principe de la liberté des mers, menacé selon eux. Ils craignent en particulier que Pékin ne crée une zone aérienne de défense, comme ils l'ont déjà fait en mer de Chine de l'Est. Un pas supplémentaire vers le contrôle de la mer de Chine méridionale, aussi vaste que la Méditerranée. Mais le Pentagone fait face à un dilemme périlleux : une opération de l'US Navy pourrait déclencher en retour une excuse en or à la Chine pour renforcer la présence de sa jeune marine en plein développement. Pour autant, la stratégie de la retenue risque de passer pour de la faiblesse aux yeux de ses alliés de la région, anxieux devant la montée en puissance militaire du mastodonte chinois.

Dans ce contexte, le risque d'escalade entre les deux premières puissances mondiales risque de s'accroître encore dans les prochains mois. Avec à la clé de possibles dérapages en haute mer. Un danger pris au sérieux par le président Xi Jinping, qui ne veut pas d'un conflit dévastateur. Rivé sur le long terme, le numéro un chinois a joué la carte de l'apaisement, affirmant que les relations avec Washington restaient "stables". Les îles du Pacifique risquent de devenir le point chaud de sa visite à Washington, en septembre.

Publié dans presse nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article