"Notre système d'allocations pousse encore trop souvent à ne pas travailler"

Publié le par Denis PIGNOL

Le chef d'entreprise Guillaume Richard estime que les effets de seuil du précédent système perdure dans la nouvelle prime d'activité proposée par Manuel Valls (photo d'illustration). © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA
Le chef d'entreprise Guillaume Richard estime que les effets de seuil du précédent système perdure dans la nouvelle prime d'activité proposée par Manuel Valls (photo d'illustration). © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

"Notre système d'allocations pousse encore trop souvent à ne pas travailler"

Beatrice Parrino  - Le Point - Publié le 06/03/2015 à 06:07

Selon Guillaume Richard, chef d'entreprise membre de Croissance plus, la nouvelle prime d'activité censée inciter le retour au travail va manquer son objectif.

Le Point.fr : Que pensez-vous de l'annonce de Manuel Valls?

Guillaume Richard : On ne s'attaque pas au vrai problème. On ne s'attaque pas aux effets de seuils créés par notre système d'allocations et qui freinent le retour à l'emploi de nombreux bénéficiaires. Il est encore bien souvent plus avantageux de ne pas travailler que de travailler. Par exemple quand vous touchez la CMU-C, vous pouvez maximiser toute sorte d'aides - transports, électricité, cantine... Et pourquoi ne pas travailler quelques heures au noir !

Que faire ?

Notre dispositif d'aides ne devrait pas ressembler à un escalier, mais à une pente, qui inciterait vraiment à un retour à l'emploi. Aujourd'hui, pour un euro gagné de plus par mois, vous pouvez perdre 200 euros d'aides. Ce qui est considérable. Et ce qui est terrible. Je comprends ceux qui décident de renoncer à travailler plus. À leur place, je ferais la même chose. Il ne s'agit pas de leur jeter une pierre. Il faudrait plutôt atténuer cet effet de décrochage en remettant à plat aussi bien ce système archaïque que l'outil informatique qui l'encadre.

Il vous arrive d'être confronté à des salariés qui refusent de travailler plus pour continuer à toucher des aides. Comment justifient-ils leur choix ?

Ils n'ont aucun problème à expliquer leur choix. Il y a quelques mois de cela, une salariée est venue me voir pour me demander une rupture conventionnelle. Face à mon étonnement, elle m'a dit : "Vous êtes à côté de la plaque, vous ne connaissez pas la vraie vie." Elle venait de passer à temps plein, et elle gagnait un peu plus que le smic. Mais elle disait avoir perdu 190 euros d'allocations familiales, qu'elle devait payer 80 centimes de plus par repas à la cantine pour son enfant, qu'elle devait payer un tarif normal d'électricité... Elle avait fait ses calculs de manière précise : sans travailler, au chômage, elle aurait gagné de 20 à 40 euros de moins qu'en collaborant à temps plein dans mon entreprise. À quoi bon bosser alors ? Notre système d'allocations est profondément négatif et injuste. Il pousse à ce type de situations absurdes, où des gens préfèrent clairement ne pas travailler. Il faut du courage politique pour changer cela.

Publié dans presse nationale

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