Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira s’attaquent – enfin – à la pédophilie dans l’Éducation nationale

Publié le par Denis PIGNOL

Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira s’attaquent – enfin – à la pédophilie dans l’Éducation nationale

Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira s’attaquent – enfin – à la pédophilie dans l’Éducation nationale

Pendant que l’Église faisait un travail nécessaire de purification en son sein, des enfants étaient violés par des professeurs déjà condamnés… et toujours en exercice.

Boulevard Voltaire | Charlotte d'Ornellas | Journaliste indépendante | 05-05-2015

Lundi, le ministre de l’Éducation nationale et celui de la Justice étaient à Villefontaine pour présenter les conclusions provisoires d’une mission chargée de « faire la lumière » sur la transmission d’informations relatives à deux enseignants accusés de pédophilie, ainsi que les décisions prises en conséquence.

Première chose : les informations concernant les poursuites et condamnations n’avaient pas été transmises à l’Éducation nationale, ni à Villefontaine, ni à Orgères. Dans le premier cas, le dossier de l’accusé ne contenait rien qui ne puisse alerter l’administration. Dans le second, des informations « parcellaires » – précise le communiqué – et « orales » avaient été recueillies en 2013 auprès des services de police, sans que le recteur n’en soit pour autant informé.

Rien dans le dossier du premier… Ce directeur de Villefontaine, contre lequel 55 signalements ont été déposés, était par ailleurs militant socialiste, inscrit deux fois sur les listes électorales… Possible qu’il ait été protégé ? La question est légitime depuis que l’on a découvert en Angleterre que 1.400 (!) fillettes avaient été violées à cause du silence des autorités, craintives d’être accusées… de racisme. On comprend dès lors que, pour certains, la vie brisée de ces enfants n’a que peu d’importance au regard de leur carrière… Pourquoi pas à Villefontaine ? Espérons (naïvement sans doute) que la question sera également posée.

Deuxième chose : de gros dysfonctionnements sont incontestables. Les échanges d’informations entre l’autorité judiciaire et l’institution scolaire ne sont pas efficients. Un raté plus que regrettable qui s’explique par le secret de l’instruction et de l’enquête normalement imposé dans la transmission d’informations judiciaires de nature pénale. Voilà qui ne risque pas de calmer les parents : un minimum de bon sens devrait suffire à n’importe quel magistrat pour comprendre que le secret doit immédiatement sauter dans le cadre d’une affaire de pédophilie qui touche… un professeur en exercice !

Les deux ministres ont donc décidé de prendre le problème à bras-le-corps : leurs services respectifs sont chargés de mettre en place des enquêtes approfondies pour identifier d’éventuelles responsabilités individuelles susceptibles de procédures disciplinaires. Le rapport final sera rendu en juin, mais les ministres ne l’ont pas attendu pour « prendre des décisions ».

Le gouvernement introduira, dans un projet de loi examiné dès le 1er juin par l’Assemblée nationale, une disposition législative « pour garantir une obligation de transmission par l’autorité judiciaire aux autorités administratives des informations sur les procédures et condamnations, notamment pour infractions de nature sexuelle, mettant en cause leurs agents exerçant une activité au contact habituel des mineurs ». Dans un pays étouffé d’alinéas et de sous-chapitres de loi, le bon sens doit être voté par l’Assemblée.

Les ministres ont également demandé que soit examinée la possibilité de la mise en place d’un contrôle pérenne pour repérer les agents publics condamnés sans avoir été signalés à l’administration. Où l’on apprend que ce genre de contrôle n’existe donc pas.

Il était plus que temps de prendre le problème frontalement car certains avaient déjà prévenu depuis longtemps des problèmes de pédophilie dans l’Éducation nationale (largement surexposée en raison même de la présence d’enfants, assez logiquement).

Mais les bonnes âmes ont préféré s’acharner sur l’Église, institution qui avait pourtant pris les moyens de traiter le problème, réel, il y a déjà quelques années. Les anticléricaux de base ont peut-être enfin compris, bien tardivement, que dénoncer la pédophilie uniquement lorsqu’un prêtre était impliqué, c’était attaquer l’Église et non la pédophilie.

Car pendant que l’Église faisait un travail nécessaire de purification en son sein, des enfants étaient violés par des professeurs déjà condamnés… et toujours en exercice.

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