Mistral perdants !

Publié le par Denis PIGNOL

Mistral perdants !

Mistral perdants !

Discrètement, l’affaire des Mistral destinés à la Russie sombre vers les abîmes d’une rupture peu conventionnelle.

Boulevard Voltaire | Henri Gizardin | Ancien pilote de chasse | 19-05-2015

Discrètement, l’affaire des Mistral destinés à la Russie sombre vers les abîmes d’une rupture peu conventionnelle.

Embarqués incidemment comme caution à la cessation du conflit en Ukraine, les deux navires ne seront finalement pas livrés à leur client. La parole de la France est soumise au diktat américain, d’autant que ces bâtiments étaient destinés à la flotte du Pacifique, nouvel espace de confrontation (encore pacifique) des grandes puissances, dont la Chine qui élargit son arsenal maritime avec des porte-avions et destroyers que, prudente, elle construit elle-même. Et Oncle Sam voit d’un mauvais œil la prééminence de sa 7e flotte mise en concurrence dans un espace quasi réservé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Vu de Bercy, la perspective d’un remboursement de l’avance des 785 millions déjà versés par l’acquéreur émeut le Trésor. D’ailleurs, il est difficile de savoir qui est véritablement le contractant côté français et si la COFACE garantissait la transaction. Mais si des compensations sont exigées par le client, compte tenu du préjudice subi, l’addition estimée à 1,163 milliard d’euros va avoir un arrière-goût plus salé que l’eau du Pacifique ! D’autant que, s’il faut convertir en roubles, la note augmentera en proportion de la chute récente de l’euro.

Refourguer à un autre client ces unités construites avec des demandes techniques spécifiques serait assurément plus difficile que revendre un cadeau de Noël non désiré sur eBay. Et encore faudrait-il que la Russie l’accepte. La Marine nationale première visée fait le dos rond et on la comprend. Elle possède déjà trois de ce type de bâtiments correspondant à ses propres besoins et préférerait sûrement un petit frère au Charles-de-Gaulle, bien solitaire sur l’immense mer jolie.

S’il était besoin, l’armée de l’air pourrait lui rappeler qu’elle s’était vue imposer naguère 50 Mirage V commandés par Israël et non livrés suite à l’embargo décidé par de Gaulle, alors président, en 1969. Ces avions, qui équipèrent deux escadrons français, ne correspondaient à aucun besoin et grevaient des demandes autrement importantes à l’époque.

Vu de Saint-Nazaire, la non-livraison de ces grands navires est un énorme affront fait aux chantiers et surtout à leur personnel. Deux hypothèses sont émises si aucune solution de remplacement n’est trouvée. La première serait le démantèlement – imaginons l’abandon du mémorial de Pointe-à-Pitre à la fin des travaux, pour une raison quelconque, par exemple un défaut de paiement – et je suppose que le travail serait alors confié aux chantiers indiens spécialistes de la « récup’ » au rabais.

Mais la pire obscénité qui est évoquée comme solution à moindre coût est de couler les bâtiments en haute mer. Avec fleurs et couronnes envoyées par le ministre de la Défense depuis la frégate La Fayette – ou Ventôse – ? Je doute que les Verts, comme la CGT, participent à une telle cérémonie…

Publié dans presse nationale

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