Migrants : l'autre cadeau empoisonné de la Grèce à l'Europe

Publié le par Denis PIGNOL

Près d'Athènes, un camp de rétention des immigrés entrés clandestinement en Grèce. © Angelos Tzortzinis/AFP
Près d'Athènes, un camp de rétention des immigrés entrés clandestinement en Grèce. © Angelos Tzortzinis/AFP

Migrants : l'autre cadeau empoisonné de la Grèce à l'Europe

Michel Colomès - Le Point - Publié le 05/03/2015 à 11:35

Certains pays européens ont récupéré une vague d'immigrés régularisés en douce par l'ancien gouvernement d'Athènes. Une pratique qui a horripilé Berlin.

C'est un dossier de plus dans le contentieux entre Berlin et Athènes, déjà suffisamment alourdi par les manquements de toutes sortes : gabegie, corruption, endettement excessif, impôts collectés au petit bonheur la chance, etc. Avant de céder la place au gouvernement d'extrême gauche d'Alexis Tsipras, la précédente équipe de coalition d'Antonis Samaras avait, en décembre, proposé une transaction à des sans-papiers, notamment syriens, certes utile pour le gouvernement grec et pour les immigrants, mais pas très honnête au regard de l'Union européenne. À la suite d'un sit-in qui avait rassemblé plus de 800 personnes dans le centre d'Athènes, un marché avait en effet été conclu avec ces déracinés. Un marché qui leur permet de demander aujourd'hui l'asile politique en Allemagne, en Suède et au Danemark.

Les termes de l'accord : en échange de papiers officiels, de résidents en Grèce, les migrants ont fourni aux autorités grecques des informations sur les filières qui leur avaient permis d'arriver jusqu'en Europe. Leurs contacts, leurs passeurs, les réseaux mafieux qui profitent de ce trafic de chair humaine.

n échange, une fois munis de leur régularisation, les exilés ont eu automatiquement l'autorisation, grâce aux règles de l'espace Shengen, de prendre un avion ou un train pour les pays du nord de l'Europe qui les intéressaient.

La colère de Berlin

L'arrangement intéressait les deux parties : les Grecs parce qu'ils se débarrassaient d'hôtes que leur nombre finit par rendre indésirables. Les immigrés parce qu'ils ne souhaitaient pas s'incruster en Grèce pour deux raisons au moins : la crise financière et économique que traverse le pays ne facilite pas l'implantation d'étrangers et, surtout, les lois grecques n'autorisent pas le regroupement familial, ce qui est le cas des pays du Nord.

Les règles européennes prévoient que les exilés, s'ils ne sont pas refoulés, restent dans le pays qui les a accueillis en premier. La logique eût donc été que l'Allemagne et les autres pays concernés puissent renvoyer vers Athènes ceux qui ont profité de ce marché. Sauf que, depuis 2011, pour ne pas aggraver la situation du gouvernement grec, les pays de l'Union, y compris l'Allemagne, ont accepté de suspendre cette règle automatique. Et sont donc tenus d'accepter les migrants ayant transité par Athènes, mais arrivés sur leur sol.

Même si le nombre de personnes concernées est faible puisqu'il n'excède pas un millier, on comprend la colère des autorités allemandes d'autant plus qu'elles ont l'impression d'avoir été, une fois encore, bernées par la roublardise des Grecs. "Le nouveau gouvernement grec a le devoir d'enquêter rapidement et complètement sur cette pratique", a déclaré sèchement un porte-parole de la chancellerie, à Berlin. "Et s'il est confirmé que l'ancien gouvernement a transgressé les règles européennes, nous demanderons des sanctions à la Commission." Déjà contraint de se débattre pour sortir de son colossal endettement, Athènes n'avait pas besoin de cette nouvelle source de conflit avec Angela Merkel.

Publié dans presse nationale

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