Michel Onfray : Pierre Billaux, mon éveilleur

Publié le par Denis PIGNOL

Michel Onfray et Pierre Billaux, son éveilleur. © DR
Michel Onfray et Pierre Billaux, son éveilleur. © DR

Michel Onfray : Pierre Billaux, mon éveilleur

Le Point - Publié le 16/03/2015 à 07:26 - Modifié le 16/03/2015 à 08:00

Pierre Billaux était le coiffeur de la famille Onfray et a marqué Michel Onfray à travers son histoire de résistant, de déporté et de militant.

Certes, Pierre Billaux fut le coiffeur de mon enfance. Mais il fut bien plus que ça. Dans son salon où il rasait le bedeau, un ancien poilu de 14, coiffait mon père et mon frère, parfumait mes cheveux avec du "sent-bon" après les avoir coupés, il y avait, posés sur une chaise, Charlie Hebdo, La Gueule ouverte, Photo, Le Canard enchaîné, Le Nouvel Observateur, Ouest-France, Le Journal de l'Orne... J'avais juste à traverser la rue pour retrouver son échoppe, où j'allais régulièrement parler avec lui du monde comme il est, comme il va et comme il pourrait être. Je balayais les cheveux des clients.

Un jour, il m'a demandé de m'asseoir pour me raconter une chose qu'il n'avait alors jamais racontée. Résistant à 17 ans, il avait été raflé, torturé et déporté à Neuengamme. C'est lui qui m'apprit ce qu'on n'appelait pas encore la Shoah... Il était l'ami des Tsiganes qui passaient régulièrement chez lui. Il recevait les descendants canadiens d'un natif de Chambois parti au Québec au XVIIe. Il militait à Amnesty International. Ensuite, il est allé dans nombre de lycées, dont celui où j'ai enseigné pendant vingt ans, pour dire ce que fut le système concentrationnaire.

Je lui dois, alors que j'avais envie de m'inscrire au PCF vers l'âge de 16 ans, à la cellule de Chambois qui était celle des ouvriers de la laiterie où j'ai travaillé en saison, d'avoir découvert Noir et Rouge, une petite revue anarchiste. C'est dans ces petits cahiers que j'ai lu pour la première fois le nom de Proudhon, qui n'a cessé depuis d'être ma gauche. Celle qui fut aussi la sienne et qui se moque des modes de gauche, sans jamais oublier que, la gauche, c'est d'abord le souci des gens modestes.

Publié dans presse nationale

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