Les policiers en ont ras le bol !

Publié le par Denis PIGNOL

Les policiers en ont ras le bol !

Les policiers en ont ras le bol !

L'exaspération grandissante des forces de l'ordre est en adéquation avec l'état de la nation.

Boulevard Voltaire | J.-P. Fabre Bernadac | Ancien officier de Gendarmerie | 10-04-2015

En une semaine, les personnels de trois compagnies républicaines de sécurité (CRS) sont brutalement tombés malades. Non, ce n’est pas le virus Ebola qui, brusquement, s’attaquerait aux forces de l’ordre mais plus simplement la manifestation d’un mouvement de grogne devant les efforts qui leur sont demandés depuis Vigipirate.
Le mouvement est parti de la compagnie de Toulouse, la semaine dernière, puis il s’est étendu cette semaine à celles de Lyon et Nancy. Ces unités étaient prévues pour renforcer le dispositif Vigipirate en région parisienne.

« On a tapé sur les repos et la formation, les CRS n’en peuvent plus », explique Nicolas Comte, responsable d’Unité SGP Police FO. « Dans les compagnies, il y a un ras-le-bol sur l’emploi très tendu des effectifs en raison de Vigipirate. » Ils se disent « épuisés », selon lui, et « inquiets sur les possibilités de tenir à long et moyen terme à ce rythme ». « Il faut donner des signaux, ouvrir des négociations », a demandé le syndicaliste.

Un millier de CRS, en moyenne, sont mobilisés chaque jour, selon les sources syndicales. Il faut savoir que les niveaux « alerte attentats » et « vigilance renforcée » ont été reconduits jusqu’au 10 avril. Mais, d’après de nombreux échos bien informés venant du ministère de l’Intérieur, cet état d’alerte devrait être prolongé de plusieurs mois (on parle jusqu’aux vacances d’été).

Ce surcroît de patrouilles et gardes statiques se superpose à d’autres facteurs :

– Le nombre élevé de suicides (près d’une cinquantaine) pour l’année 2014. Ce chiffre est bien plus considérable que dans le reste de la société. Comme les gendarmes, les fonctionnaires de police ne se sentant plus respectés lors d’interpellations ou de simples contrôles ont le moral en berne. Il est alors facile de sombrer dans la dépression et d’utiliser contre soi sa propre arme.

– Le rejet par la majorité de l’Assemblée nationale d’une proposition de loi du député UMP Éric Ciotti visant à assouplir le régime de légitime défense pour les policiers et le rapprocher de celui des gendarmes. Le parlementaire avait invoqué un besoin « urgent », exprimé par « tous les syndicats de police », de modifier ces règles de légitime défense dans un contexte d’augmentation des violences et risques encourus par les forces de l’ordre, comme « les attentats qui ont frappé notre pays l’ont rappelé ».

Bien évidemment, la majorité socialiste et écologiste a supprimé l’article unique de la proposition de loi. Elle y voyait, d’après ses dires, comme « un permis de tirer » risquant de « multiplier les bavures ».

Pourtant, quand on voit les condamnations des derniers jugements sur la légitime défense, « le permis de tuer », ce sont les délinquants qui paraissent l’avoir.

On comprend bien mieux le résultat d’un questionnaire de la Direction des ressources et des compétences de la police nationale (DRCPN) qui vient d’être rendu public. Cette enquête officielle confirme à plus de 94 % qu’il y a bien un malaise dans la police.

Sur les douze derniers mois avant le questionnaire, 64 % jugent que les relations police/population se sont dégradées, confirmant le fossé grandissant depuis plusieurs années. Certes, une embellie a été constatée après les attentats de janvier, mais on sait très bien que cette amélioration ne s’est pas ressentie dans les quartiers sensibles.

Alors, posons-nous la question : ce mouvement de grogne peut-il s’étendre à toute la police, et même déborder sur la gendarmerie ?

Difficile de le dire aujourd’hui, mais il est évident que l’exaspération grandissante des forces de l’ordre est en adéquation avec l’état de la nation.

Publié dans presse nationale

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