Les mères voilées de Montpellier

Publié le par Denis PIGNOL

Les mères voilées de Montpellier

Les mères voilées de Montpellier

Elles disent qu’elles ne sont pas venues chez nous pour vivre en marge de la France, qu’elles refusent la logique mortifère de la ghettoïsation, créatrice d’incompréhension, de haine et de révolte.

Boulevard Voltaire | Dominique Jamet | Journaliste et écrivain | 19-05-2015

Au début des années soixante, les grands immeubles HLM, alors neufs à défaut d’être flambants, des quartiers du Petit-Bard et de la Paillade, à Montpellier, accueillirent le flot des pieds-noirs fuyant l’Algérie indépendante et quelques « Petits-Blancs » attirés par la modicité des loyers.

Cinquante ans ont passé. Ce quartier naguère populaire est devenu « zone sensible ». « Ici, explique un habitant de la Paillade à l’envoyée spéciale du Figaro, c’est l’immeuble des Gitans, là celui des Marocains… » Et ainsi de suite. L’afflux des nouveaux arrivants a fait fuir les anciens occupants. La composition de la population a radicalement changé. Bref, si les statistiques ethniques ne tombaient pas sous le coup de la loi, le maire de la ville et le recteur de l’académie sauraient si c’est exactement à 89,9 % ou à 90,1 % des effectifs que s’élève la proportion des élèves des groupes scolaires Delteil et Armstrong qui sont immigrés ou issus de parents immigrés.

Les parents des derniers petits Français de souche (on m’excusera de recourir à cette expression elle aussi prohibée, mais incontournable si l’on veut s’exprimer clairement) qui fréquentent ces écoles publiques ne semblent pas s’en émouvoir particulièrement, soit qu’ils aient la conviction qu’il y a là un enrichissement intellectuel et culturel, soit qu’ils aient renoncé à toute revendication et à toute espérance.

Il n’en est pas de même de certains de leurs voisins et surtout de leurs voisines. Depuis deux semaines, les écoles en question, bloquées par les manifestations quotidiennes de mères d’élèves, ont fermé leurs portes.

Et que disent-elles, ces femmes pour la plupart voilées ou, plus exactement, enfoulardées qui se rassemblent chaque matin devant les établissements et sollicitent, jusqu’à présent en vain, une réaction des autorités compétentes ? Demandent-elles que la cantine serve des plats halal, que les cours soient interrompus cinq fois par jour pour les prières rituelles, que leurs filles soient dispensées d’éducation physique, que les programmes d’histoire comportent l’étude de l’islam ? Que veulent-elles, ces mères inquiètes et pathétiques, victimes par ricochet de l’indifférence, de la lâcheté, de l’incompétence de nos gouvernements et des pouvoirs publics ?

Eh bien, elles disent tout simplement, très simplement, qu’elles ne sont pas venues chez nous pour vivre en marge de la France, qu’elles refusent la logique mortifère de la ghettoïsation, créatrice d’incompréhension, de haine et de révolte, qu’elles rêvent pour leurs enfants d’un autre avenir que celui du « collège marocain » au rabais, tout proche, qui leur est destiné, que la prolongation de leur scolarité dans des filières professionnelles qui les jetteront, aigris et analphabètes, sur le pavé des cités est un leurre et une démission, que l’école, telle qu’elles la voyaient, telle qu’elles la voudraient, est la seule voie qui débouche sur l’assimilation, l’intégration, le vrai vivre ensemble qui est le contraire de l’entre-soi. Elles veulent, figurez-vous, de l’ordre, de la justice, de l’éducation. C’est ce qu’elles attendent, c’est ce qu’elles espèrent, c’est ce qu’elles implorent, pour leurs enfants, au nom de l’idée qu’elles s’obstinent à se faire de la France. Elles rêvent de mixité sociale et d’excellence.

Étrange exigence, n’est-ce pas, à l’heure où un ministre de l’Éducation nationale, originaire d’Afrique du Nord, organise le démantèlement du collège et son nivellement par le bas, proposant moins à ceux qui peuvent le plus et prétendant offrir davantage à ceux qui peuvent le moins, dissout les dernières classes d’élite et prévoit l’enseignement généralisé, dès la cinquième, d’une deuxième langue vivante étrangère à des élèves dont la moitié ne sait ni écrire ni parler la langue nationale.

La principale mission assignée à l’enseignement public serait-elle désormais de recruter pour l’enseignement privé où se retrouvent de plus en plus nombreux les enfants de Français de souche (bis) et d’immigrés en quête d’ascension sociale ? Najat Vallaud-Belkacem devrait aller faire un tour au Petit-Bard, à Béziers ou dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour y prendre contact avec la réalité d’une école à la dérive et d’une société en voie de décomposition. Le joli petit ministre que François Hollande a installé rue de Grenelle fait la loi mais ce sont les mères voilées de Montpellier qui lui donnent une leçon.

Publié dans presse nationale

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