Les électeurs UMP ne veulent plus du « ni-ni » !

Publié le par Denis PIGNOL

Les électeurs UMP ne veulent plus du « ni-ni » !

Les électeurs UMP ne veulent plus du « ni-ni » !

La gauche n’a jamais eu peur de son ombre d’extrême gauche. Les électeurs de droite sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir peur de la leur, qui s’est imposée comme une force politique transversale.

Boulevard Voltaire | Charlotte d'Ornellas | Journaliste indépendante | 25-03-2015

Depuis dimanche, c’est la course : à qui réussira à convaincre les abstentionnistes, les votes blancs ou les électeurs de candidats perdants… Alors, on s’acharne tant que possible sur les opposants, on prêche pour sa paroisse, on critique celle d’à côté mais n’imaginez pas une seconde que les chefs de partis en profiteraient pour rappeler les enjeux de ces élections : le but, c’est de se faire mousser.

À mesure que la souveraineté nationale est abandonnée et que le pouvoir est remis entre les mains de Bruxelles, ce n’est plus que le pourcentage électoral remporté qui intéresse, au détriment du combat politique de fond.

Mardi matin, Nicolas Sarkozy répétait au micro de Jean-Michel Apathie son credo : « Il n’y aura pas d’accord avec le FN. Toute personne qui le fera, nous la mettrons dehors. Nous ne voterons ni pour les candidats de la gauche dont nous combattons la politique, ni pour les candidats du Front national avec lesquels nous n’avons rien à voir. »

Sauf que les électeurs UMP ont donné leur avis : ils ne veulent pas de consignes de vote. Interrogés par Odoxa pour Le Parisien-Aujourd’hui en France, 54 % d’entre eux ont répondu qu’ils n’avaient pas l’intention de se plier à la consigne du « ni-ni » en cas de duel PS-FN dans leur canton. Logique, finalement : les Français se disent que s’ils ont le droit de vote, ils peuvent peut-être choisir aussi pour qui voter.

Mais ces consignes de vote révèlent malgré tout une ambiguïté au sein de l’UMP. Du côté du chef, on affirme les poings serrés que quiconque oserait une alliance avec le FN serait exclu du parti. François Pantagène et Michèle Sorbier, deux candidats UMP, viennent pourtant de se désister au profit du FN dans le Vaucluse, seul moyen de faire perdre la gauche.

Peu de doute sur les conséquences de ce geste : ils seront exclus du parti (mais les électeurs, eux, pourraient s’en souvenir). Intéressant de noter, en revanche, qu’Alain Juppé, grand ponte de l’UMP, reste à sa place lorsqu’il affirme publiquement qu’il faut voter PS contre le FN.

Dans les faits, les oligarques de l’UMP préfèrent donc le PS au FN. Mais peut-être pas les électeurs… Pour beaucoup d’entre eux, appartenir à la droite n’est pas une question de « muraille républicaine » mais de valeurs. Ces valeurs détruites méthodiquement par la gauche depuis trois ans et par certains esprits gauchisants de la « droite » depuis plus longtemps encore. Ces valeurs que le Front national défend, au moins partiellement, et c’est donc en toute logique que certains le préféreront à la gauche.

Tout à été fait, pourtant. Une campagne électorale exclusivement concentrée contre le FN, et une présentation des résultats de dimanche dernier assez exceptionnelle en termes de propagande.

Le politiquement correct voudrait réussir à diviser la France en trois : un Charlie bleu, un Charlie rose et un Front National noir, évidemment. Mais la porosité de l’électorat contredit un peu plus à chaque élection cette distribution trop simpliste.

Si l’abstention a une fois de plus été si forte, c’est que les Français ne supportent plus les mensonges et bassesses de la classe politique. Ceux qui continuent à aller déposer leur bulletin dans l’urne se fichent des consignes, la propagande ne marche plus.

La gauche n’a jamais eu peur de son ombre d’extrême gauche. Les électeurs de droite sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir peur de la leur, qui s’est imposée comme une force politique transversale. Et ceux-là demandent simplement qu’on les laisse libres. Quelle idée, en démocratie, n’est-ce pas ?

Publié dans presse nationale

Commenter cet article