Les ELCO : un cheval de Troie dans nos écoles ?

Publié le par Denis PIGNOL

Les ELCO : un cheval de Troie dans nos écoles ?

Les ELCO : un cheval de Troie dans nos écoles ?

Quand un rapport dérange, on le met sous le coude… ou au fond d’un tiroir. C’est le sort réservé à un rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI), remis au Premier ministre en... 2013 !

Boulevard Voltaire | Jean-Michel Léost | Professeur honoraire | 05-03-2015

Quand un rapport dérange, on le met sous le coude… ou au fond d’un tiroir. C’est le sort réservé à un rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI), remis au Premier ministre en… 2013 ! Il serait resté dans l’ombre si Le Journal du Dimanche n’en avait récemment divulgué la teneur. Cette étude porte sur l’enseignement des langues et cultures d’origine (ELCO). Selon un rapporteur, certains cours s’apparenteraient à des « catéchismes islamiques ».

Penchons-nous objectivement, à partir des textes officiels, sur l’histoire des ELCO. À leur création, dans les années 1970, il s’agissait de maintenir chez les enfants des travailleurs migrants un lien avec le pays dont étaient originaires leurs parents, dans la perspective de leur retour chez eux. En 1977, une directive européenne dispose que « les États membres prennent […] en coopération avec les États d’origine les mesures appropriées en vue de promouvoir […] un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays d’origine en faveur des enfants ». Ces enseignements concernent neuf pays (l’Algérie, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie) et sont mis en œuvre sur la base d’accords bilatéraux.

L’objectif déclaré est d’assurer la maîtrise de la langue maternelle, « préalable nécessaire à la réussite d’une langue seconde », de « structurer la langue parlée dans le milieu familial », de « favoriser l’épanouissement personnel des jeunes issus d’autres cultures » et de « valoriser la diversification des langues à l’école ». Admettons que, pour des primo-arrivants, bien connaître la langue maternelle facilite l’apprentissage du français. Mais il est pour le moins étonnant que le français, « langue de la République » selon la Constitution, soit considéré comme une « langue seconde »

Et ce n’est pas fini ! Aujourd’hui, ajoute le rapport, ces enseignements concernent aussi « des enfants qui ne sont pas locuteurs natifs de la langue concernée ». Il faut être bien naïf pour ne pas saisir que ces cours, au-delà d’une curiosité légitime, peuvent alimenter le communautarisme, y compris chez des enfants bien intégrés.

Et ce n’est pas fini ! Ces enseignements sont assurés par des personnels étrangers mis à disposition par leurs gouvernements. Certes, il existe des « assistants » de langues depuis longtemps. Mais, dans la conjoncture actuelle, ce ne sont ni l’espagnol ni le portugais ni l’italien qui sont visés par le HCI. Les chiffres sont parlants : 92.500 élèves, une progression de 16 % au cours des cinq dernières années, notamment en arabe et en turc. Soucieux d’une véritable intégration, il souligne dans son rapport les dérives possibles et constatées de ces enseignements, « susceptibles de renforcer les références communautaires », et préconise la suppression de ce dispositif. Preuve d’une sagesse à laquelle nos gouvernants sont imperméables. Pas étonnant qu’il ait été dissous.

Publié dans presse nationale

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