Le patient reste encore patient

Publié le par Denis PIGNOL

Le patient reste encore patient

Le patient reste encore patient

Le simple fait de prendre rendez-vous chez un médecin n’est pas un acte anodin.

Boulevard Voltaire | Dr. Jacques Michel Lacroix | Médecin urgentiste et généraliste | 15-04-2015

Obtenir rapidement un rendez-vous chez un médecin, tout particulièrement dans les spécialités où les délais d’attente sont réputés comme longs ou très longs (ophtalmologie, dermatologie, gynécologie) serait devenu possible, si l’on en croit divers articles parus récemment dans la presse. En réalité, ces articles se basent sur les données fournies par une des plates-formes en ligne de prise de rendez-vous médicaux. S’il n’y a aucune raison de mettre en doute les données fournies par cette enquête, il faut cependant savoir qu’elles ne concernent qu’un nombre très restreint de médecins (ceux qui sont abonnés à cette plate-forme) et une zone géographique très limitée.

On assiste actuellement à l’éclosion de ces prestataires de services (environ une dizaine), qui veulent bien sûr tous s’approprier la plus grosse part d’un marché qu’ils estiment suffisamment important pour y investir des sommes non négligeables, grâce aux filiales santé des grands groupes qui les financent. Ils fonctionnent tous à peu près sur le même principe : les patients utilisent gratuitement le site et les médecins paient un abonnement mensuel pour bénéficier de ces prises de rendez-vous.

Si, un jour, la totalité des médecins utilisent ce type de fonctionnement pour gérer leur agenda, le patient trouvera sans doute plus facilement un créneau disponible chez son praticien attitré. Mais, pour l’instant, l’offre est encore très restreinte, tant en ce qui concerne le nombre de praticiens que les zones géographiques desservies. En dehors de la région parisienne, même pour les grandes métropoles régionales, lorsqu’on effectue une recherche sur ce type de sites, on ne trouve généralement qu’un simple annuaire recopié sur les pages jaunes. Alors affirmer que les délais d’attente chez les spécialistes sont en passe d’être résolus, c’est aller un peu vite en besogne.

Certes, si vous avez la chance d’habiter à Paris et si vous avez un besoin urgent de consultation, vous pourrez sans doute dénicher un rendez-vous dans les jours qui viennent, mais à condition d’accepter de consulter un praticien que vous ne connaîtrez pas. Si on considère que la consommation d’actes médicaux est, somme toute, une consommation identique à n’importe quelle autre, alors on peut adhérer à ce concept. Si on considère, par contre, que la consultation médicale est un dialogue singulier entre le malade et le praticien qu’on connaît et en qui on a confiance, alors le système souffre encore de graves lacunes. Cependant, cela peut éviter dans certains cas d’aller encombrer les urgences hospitalières pour une simple consultation spécialisée en faisant appel à un médecin disponible en ville.

Il est probable que, dans l’avenir, ce type de prestation se développera, et que de plus en plus de médecins y adhéreront malgré le prix élevé de l’abonnement. Reste, cependant, le problème non résolu de la protection des données personnelles, car le simple fait de prendre rendez-vous chez un médecin n’est pas un acte anodin. Si la confidentialité des données n’est pas suffisamment assurée, leur divulgation pourra être considérée comme une atteinte à la vie privée et au secret médical.

Publié dans presse nationale

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