Le désordre immoral

Publié le par Denis PIGNOL

Le désordre immoral

Le désordre immoral

Des soldats français ainsi que des militaires africains chargés de maintenir la paix civile et de protéger les habitants de la République centrafricaine auraient commis des actes de pédophilie sur des enfants dont ils devaient assurer la sécurité.

Boulevard Voltaire | Christian Vanneste | Homme politique | 08-05-2015

Des soldats français ainsi que des militaires africains chargés de maintenir la paix civile et de protéger les habitants de la République centrafricaine auraient commis des actes de pédophilie sur des enfants dont ils devaient assurer la sécurité. Si le crime est vérifié, il doit être durement réprimé. Certains évoquent un double crime en soulignant la gravité d’actes accomplis à l’encontre d’une mission et en profitant des facilités qu’accorde celle-ci. Cette indignation légitime vaut, d’une certaine manière, lorsque de tels comportements ont pour acteurs des éducateurs ou des ecclésiastiques.

Il y a lieu, toutefois, de faire preuve de prudence. Si les faits sont avérés, il ne faut pas que certains en profitent pour dénigrer l’institution avec une joie maligne mal dissimulée. Les crimes commis par des individus n’enlèvent rien au rôle positif joué par l’armée française dans une Afrique déchirée par la violence. Les salopards ne doivent pas ternir l’image des héros qu’on oublie un peu vite.

Il serait plus utile de réfléchir sur l’ambiguïté de la morale qui sous-tend de telles dérives. Une société libérale ne peut se passer d’une éducation sévère. La rigueur morale n’est pas un obstacle au libéralisme, mais une condition de possibilité. Or, notre société entretient la plus grande confusion, d’une part en rendant de plus en plus floues et mouvantes les limites du permis et de l’interdit, d’autres part en laissant penser que ce qui est autorisé aux uns ne l’est pas aux autres.

Dans un pays qui n’a jamais été puritain, 1968 a correspondu davantage à une explosion outrancière qu’à une véritable révolution. Les jeunes bourgeois, les héritiers qui, au nom de Trotski ou de Mao, s’en prenaient à la société capitaliste ont pour beaucoup profité de leur notoriété ou utilisé la sympathie envers leurs discours libertaires pour s’emparer de positions confortables au sein de cette société.

Les années 1970 ont vu fleurir la libération sexuelle, comme si elle incarnait l’essence de la liberté. Louis Malle osait introduire l’inceste émouvant au cinéma dans Le Souffle au coeur (1971). Cohn-Bendit confessait ses attouchements pédagogiques dans les jardins d’enfants en publiant Le Grand Bazar (1975), l’année où Polanski était poursuivi aux Etats-Unis pour un crime à caractère sexuel envers une mineure de 13 ans, et Pasolini portait à l’écran Salò, ou les 120 journées de Sodome de Sade, transposées, bien sûr, dans un contexte de hiérarques fascistes. En France, cet auteur devenait un classique, grâce à un éditeur encensé par Libé, Jean-Jacques Pauvert. Depuis, le ressac a eu lieu. Si tout est permis, c’est entre majeurs consentants. Cohn-Bendit, notable européiste et social-libéral, jure ses grands dieux que l’on s’était mépris, et qu’il regrettait d’avoir écrit dans l’atmosphère de l’époque… Ben voyons ! Aujourd’hui, par un chassé-croisé étonnant, ce sont les idées conservatrices, attachées à la famille traditionnelle et réputées homophobes, ou à l’identité nationale et accusées de racisme, qui sont poursuivies. La libération sexuelle a gagné, tout au moins pour les plus de quinze ans.

Toutefois, dans ce domaine, suivant l’excellente expression d’Orwell, certains sont plus égaux que les autres. Comment ? La justice américaine ose poursuivre ce grand cinéaste qu’est Polanski ? Frédéric Mitterrand vole immédiatement à son secours. Lui-même, dans La Mauvaise Vie, a-t-il célébré les bordels de Thaïlande, leurs « garçons » et leurs « gosses » ? Il s’agissait de jeunes gens, d’étudiants, se défend-il. Une « partouze » avec de jeunes Marocains a-t-elle eu lieu à Marrakech autour d’une personnalité politique de premier plan ? Luc Ferry, naïvement, dit être au courant et se retire, la queue basse. Quand vous appartenez à la médiocratie, il est inconvenant d’en révéler les turpitudes. C’est, là, déroger à une connivence et à une complaisance qui délimitent les allées du pouvoir.

Bien sûr, le « politiquement correct » défini par l’oligarchie qui entend nous diriger trace les bornes du mal et du bien. Si celles-ci étaient valables pour tout un chacun, elles seraient plus légitimes et n’offriraient pas à certains l’occasion de les franchir.

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