Le chômage provoque 10.000 à 20.000 décès par an

Publié le par Denis PIGNOL

Le chômage provoque 10.000 à 20.000 décès par an

En cause, au-delà des suicides qui restent marginaux, une exposition beaucoup plus importante aux maladies cardio-vasculaires et aux pathologies chroniques.

Boulevard Voltaire | François Teutsch | Avocat | 27-03-2015SHARES

C’est un sujet grave qu’évoque la presse d’hier, en titrant que le chômage provoque 10.000 à 20.000 décès par an. Une question peu étudiée, qui évoque la surmorbidité des demandeurs d’emploi, selon une étude de l’INSERM publiée par une revue anglo-saxonne.

En cause, au-delà des suicides qui restent marginaux, une exposition beaucoup plus importante aux maladies cardio-vasculaires et aux pathologies chroniques. Non seulement ces phénomènes ne touchent que les chômeurs, et non les personnes retraitées ou volontairement non actives, mais encore ils sembleraient dus à des comportements à risque plus fréquents que dans le reste de la population. L’étude pointe notamment du doigt une surconsommation d’alcool, une faible consommation de fruits et légumes et des apports caloriques plus élevés que dans le reste de la population. Mais, ajoute le professeur Meneton, responsable du projet, le peu de données disponibles est à l’origine d’une probable sous-estimation du problème.

Alors que notre pays connaît une situation de chômage de masse depuis 40 ans, il est surprenant qu’aucune étude sérieuse n’ait été mise en place sur la santé des chômeurs. S’il fallait s’en tenir au ressenti de chacun d’entre nous, il pourrait sembler évident à tout observateur attentif que la pauvreté s’accompagne souvent d’une dégradation de l’hygiène de vie. L’obésité morbide, le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou pulmonaires, les pathologies hépatiques, tout cela peut évidemment être relié à une alimentation déséquilibrée, à la consommation de produits de mauvaise qualité, à des habitudes alimentaires désastreuses, mais aussi à l’oisiveté. Passer sa journée devant sa télévision ne contribue pas au maintien d’une bonne santé.

Mais si la pauvreté liée au chômage saute aux yeux comme une cause du phénomène, le chômage lui-même peut être considéré comme une cause suffisante : le stress et l’anxiété du demandeur d’emploi ne l’incitent-ils pas à des comportements plus risqués ? Sans compter l’absence d’activité physique ou intellectuelle qui, selon l’adage populaire, sont la santé ?

Enfin, la question reste ouverte si l’on considère que cette surreprésentation des pathologies graves dans la population des chômeurs est elle aussi une cause – partielle – du chômage : comment chercher activement un travail lorsque des problèmes de santé s’ajoutent au découragement des personnes ? Comment se faire embaucher lorsque sa condition physique ne permet plus d’assurer des journées de travail ou nécessite des soins trop fréquents pour être compatibles avec les exigences légitimes d’assiduité et de productivité d’un employeur ? On tombe, là, dans un cercle vicieux.

Attention, toutefois, à ne pas généraliser une constatation qui doit rester relative : si la santé des chômeurs est plus fragile que celle des travailleurs, tous les chômeurs ne sont pas touchés. C’est là qu’on touche les limites de l’exercice. Sans une sérieuse étude médico-sociale du phénomène, nous n’en resterons qu’aux conjectures qui peuvent vite se transformer en réflexion de Café du Commerce. Reste que la question est trop sérieuse pour être négligée par l’administration. On ne saurait trop souhaiter que, les élections passées, elle se remette au travail sur les sujets graves que l’actualité politicienne met souvent au second plan.

Publié dans presse nationale

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