La peine de mort, Taubira et la justice française

Publié le par Denis PIGNOL

La peine de mort, Taubira et la justice française

La peine de mort, Taubira et la justice française

Les promoteurs du vivre-ensemble, les défenseurs d’un monde bisounours aseptisé et les disciples d’une société festive vont pouvoir, une fois de plus, constater avec effroi et réprobation que la France apaisée n’est plus de mise.

Boulevard Voltaire | Alix Dasiago | Journaliste | 12-05-2015

Les promoteurs du vivre-ensemble, les défenseurs d’un monde bisounours aseptisé et les disciples d’une société festive vont pouvoir, une fois de plus, constater avec effroi et réprobation que la France apaisée n’est plus de mise.

La troisième édition de l’étude annuelle sur les fractures françaises produite par Ipsos/Sopra Steria indique que 52 % des Français se déclarent favorables à la peine de mort, soit 7 % de plus par rapport à l’an dernier. 34 ans après son abolition, cette sentence suscite toujours débats et prises de position enflammées.

La hausse que révèle ce sondage n’est pas conjoncturelle : le nombre des partisans de la peine capitale n’aurait cessé de croître depuis 2012 – et même quelques années auparavant selon les différentes études. Sa nouveauté réside, en revanche, dans la progression observée au sein des sympathisants socialistes : 36 % d’entre eux y seraient favorables soit 15 % de plus que l’année dernière. Cette importante augmentation concerne également cadres et retraités (10 et 8 % de hausse par rapport à 2014).

Question « émotionnelle » qui incite à répondre dans le même registre, sans rationalisation, traumatisme des attentats de janvier, radicalisation des opinions face au terrorisme – comme l’explique le directeur général délégué d’Ipsos « le sentiment que la violence est de plus en plus forte conduit à radicaliser la prise de position » : les clefs de compréhension du phénomène avancées sont multiples. Cependant, il en est une qui a été très peu évoquée et qui mériterait que l’on s’y attarde : l’état de la justice de notre pays.

Comment s’étonner, en effet, qu’une part croissante des Français se prononce en faveur d’un châtiment extrême dans une société où les peines s’allègent, les délinquants prospèrent et les multirécidivistes se multiplient ? Où la réforme pénale de Mme Taubira créée la « contrainte » pénale pour sanctionner des délits dont certains étaient, jusque-là, passibles de cinq ans de prison, rétablit l’aménagement des peines de prison jusqu’à deux ans ou encore supprime la rétention de sûreté ? Où certains énergumènes bénéficient d’une totale impunité grâce à leurs idées politiquement correctes ? Le constat est là : nous possédons une justice à deux vitesses dont le laxisme ne cesse de s’étendre.

Un sondage vaut ce qu’il vaut, avec ses limites en termes d’exhaustivité et de représentativité. S’il ne permet pas de tirer de grandes conclusions, il amène cependant à réfléchir sur la perception que nous avons de la manière dont la justice est rendue.

Si Robert Badinter, chantre socialiste de la dépénalisation, avait déclaré qu’il y a « une filiation directe pour moi entre ce qui est advenu dans l’hypermarché casher et la barbarie nazie », et en avait déduit « Ne nous laissons pas aller à ces ripostes de papier presque dérisoires », il serait sans doute opportun que celle qui garde maintenant les sceaux prenne la mesure de l’exaspération croissante de ses compatriotes, y compris dans son propre parti.

Publié dans presse nationale

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