La mondialisation n’implique pas nécessairement la disparition des frontières

Publié le par Denis PIGNOL

La mondialisation n’implique pas nécessairement la disparition des frontières

La mondialisation n’implique pas nécessairement la disparition des frontières

Qu’est-ce que la mondialisation ?

Boulevard Voltaire | Christophe Servan | Gestionnaire de fonds d’investissement  | 02-03-2015

À la racine de l’idéologie mondialiste, qui détermine les orientations de la politique française depuis l’Acte unique européen de 1987 – merci Monsieur Delors -, on trouve le postulat selon lequel la mondialisation serait une fatalité qui implique nécessairement la disparition des frontières. J’en veux pour preuve que, tant en économie que sur les questions d’immigration, la classe politique dirigeante, bien que confrontée au démenti cruel de la réalité objective, nous ressort toujours le même argument : de toute façon, on n’a pas le choix ! Or, ce postulat est faux et c’est facile de le démontrer ; il suffit d’observer la réalité hors de nos frontières en donnant à chaque mot son sens exact, à commencer par le mot mondialisation.

Qu’est-ce que la mondialisation ? C’est l’ensemble de tous les effets, sur notre vie quotidienne, des avancées en matière de télécommunications et de transports, ni plus ni moins, et c’est déjà beaucoup. Parmi ceux-ci, deux sont à souligner en particulier : la diffusion planétaire des particularismes culturels et l’occasion d’accomplir des gains de productivité gigantesques. À partir de ce constat, les élites politiques se sont donc trouvées devant un choix crucial :

– Donner la primauté au citoyen, c’est-à-dire accepter une ouverture des frontières pragmatique tout en adoptant le principe de la préférence nationale afin de protéger la nation contre la perte de son identité et de ses acquis sociaux et patrimoniaux.
– Donner la primauté au capital, c’est-à-dire créer les conditions du profit maximal pour les entreprises, donc un marché mondial régi par des règles communes ramenées à leur plus petit commun dénominateur.

La preuve irréfutable qu’il y a eu choix et non fatalité est que de très nombreux pays – à des degrés divers – ont choisi la première option. Par exemple, tous les pays de la ceinture Pacifique et l’ensemble de l’Amérique latine, excusez du peu. Importation des capitaux étrangers, droit de propriété, rapatriement des dividendes, production agricole, production minière, industries stratégiques, services bancaires, convertibilité de la monnaie, défense de la langue nationale et, bien sûr, immigration, tout ceci y est fortement réglementé dans le sens de la préservation des intérêts du pays, et force est de constater que ce sont ces Etats-là qui connaissent depuis vingt ans le plus fort développement.

Quant à l’idée saugrenue de fusionner des États souverains, hors le cas européen, la question ne s’est jamais posée, alors que dans beaucoup d’exemples, les conditions linguistiques, cultuelles, ethniques et économiques y étaient plus favorables : l’Australie et La Nouvelle-Zélande, le Canada et les États-Unis, le Pérou et l’Équateur, les petits États d’Amérique centrale, etc. N’oublions pas qu’historiquement, le fédéralisme a été un avatar de la décentralisation, un moyen de préserver une forme d’autonomie régionale. Le chemin inverse emprunté par les États européens est une anomalie qui n’a qu’un seul exemple (et quel exemple !) : le rattachement de l’Ukraine occidentale et des pays baltes indépendants à l’URSS en 1940.

Le discours officiel sur la mondialisation n’est donc absolument pas, comme on veut nous le faire croire, la réponse pragmatique aux défis de l’époque mais un choix idéologique motivé par le souci de complaire à une oligarchie financière et économique, et rien de plus. Et le pire, c’est que cette oligarchie, loin de montrer des signes de gratitude, en redemande toujours plus au grand bonheur des paradis fiscaux. Nos politiques ont-ils été naïfs ou complices ? C’est à chacun de juger.

Publié dans presse nationale

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