Laïcité : fourre-tout et grand n’importe quoi

Publié le par Denis PIGNOL

Laïcité : fourre-tout et grand n’importe quoi

Laïcité : fourre-tout et grand n’importe quoi

Ce mardi matin, Najat Vallaud-Belkacem, notre très médiatique ministre de l’Éducation nationale, réunissait ses 25 homologues européens dans le cadre de la « mobilisation pour les valeurs de la République »...

Boulevard Voltaire | Marie Delarue | Ecrivain, musicienne, plasticienne | 18-03-2015

Ce mardi matin, Najat Vallaud-Belkacem, notre très médiatique ministre de l’Éducation nationale, réunissait ses 25 homologues européens dans le cadre de la « mobilisation pour les valeurs de la République ».

Incorrigibles Français donneurs de leçons qui se prennent toujours pour le génie éclairant le monde… Il est vrai que notre réussite scolaire est telle, tant sur le plan de « l’acquisition des savoirs » que sur celui du « vivre ensemble » si cher à nos élites, que nous pouvons en remontrer à nos voisins ! Mais qu’importe puisque le but des tartuffes qui nous gouvernent est avant tout de faire parler d’eux. Et là-dessus, la brune Najat est une championne hors pair.

Valeurs de la République, valeurs du vivre ensemble, donc, et « laïcité ». Le mot valise, le « it-bag » à la mode, fourre-tout et grand n’importe quoi au nom duquel on avance tout et son contraire. Ainsi, à l’inverse de ses prédécesseurs, l’actuel ministre se dit favorable au port de signes religieux par les accompagnatrices ou accompagnateurs scolaires : « Mieux vaut accepter les mères en foulard lors des sorties scolaires », dit-elle, leur laissant la possibilité de revêtir hijab, turban sikh ou kippa.

Position qui devrait lui valoir l’amitié de nos voisins allemands dont la Cour suprême vient de revenir sur la décision qu’elle avait prise en 2003, autorisant finalement le port du voile à l’école. La Cour suprême a jugé, « de manière très pragmatique » dit-on, que l’interdiction d’arborer le voile créait une discrimination avec ceux qui pouvaient porter une croix. Seule restriction : « que le voile ne porte pas atteinte au cours, ni présente un danger à leur bon déroulement ». La Cour ne dit pas s’il est toléré à la piscine par-dessus le maillot de bain ou s’il faut le retirer pour la course à pied afin d’éviter un injuste handicap pour cause de vent dans les voiles.

Ce jour, pendant que Najat mange des croissants (non islamiques) avec ses collègues, on apprend que Gilles Platret, le maire UMP de Chalon-sur-Saône, a décidé d’en finir avec les menus optionnels à la cantine. Motif : « le respect du principe de laïcité ». Donc cochon pour tout le monde, et pas de discussion. « Le maire de Chalon-sur-Saône a décidé de mettre un terme à la pratique installée dans la collectivité depuis 31 ans, qui consistait à proposer un menu de substitution dès lors qu’un plat contenant du porc était servi dans les cantines », a-t-il écrit à ses administrés, semant la tempête sous les crânes et surtout sous les foulards. « Proposer un menu de substitution dès lors que du porc est servi, c’est opérer une discrimination entre les enfants, ce qui ne peut être accepté dans le cadre d’une République laïque », dit-il, affirmant que « les cantines scolaires de Chalon doivent redevenir des espaces de neutralité ». Sauf qu’au bout de 31 ans de pratique, la mesure est évidemment tout sauf neutre. Et a peut-être beaucoup plus à voir avec les prochaines élections et la poussée du FN dans le canton qu’avec le principe de laïcité.

Voilà donc une fois encore de quoi couper la France en deux, les uns voyant l’instauration d’une discrimination là où les autres revendiquent le respect de la laïcité et vice-versa.

En octobre dernier – avant que ne souffle sur nous « l’esprit du 11 janvier », donc -, la sociologue Béatrice Mabilon-Bonfils s’interrogeait dans L’Obs sur ce qui semble une crispation bien française : qu’est-ce que cette « laïcité » à laquelle chacun se cramponne aujourd’hui ? Que recouvre-t-elle au juste, et que dit-elle de nous ?

Elle écrivait alors ceci : « Posée depuis les origines républicaines comme une forme supérieure de lien social » […], la laïcité « procède aujourd’hui d’une nostalgie collective de réaction manifestant une forme identitaire majoritaire. […] Initialement au service d’un projet de société – dominateur mais à vocation universelle –, elle sert désormais un discours refuge d’une identité orpheline de sa mission civilisatrice, et inquiète du pluralisme. »

Surtout, et nous devrions tous y réfléchir, Najat Vallaud-Belkacem en premier : « S’il y a crise de la transmission du sentiment d’appartenance à la collectivité, et notamment à travers la crise de l’institution école, c’est lié à l’absence d’un récit commun dans lequel chacun pourrait trouver sa place. »

Mais, sauf à se fantasmer un passé commun, ce récit peut-il exister ?

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