La centrale de Fessenheim fermera-t-elle vraiment ?

Publié le par Denis PIGNOL

Les doutes sur la fermeture de la centrale de Fessenheim (photo) s'intensifient après le report à 2017 par EDF du démarrage de l'EPR de Flamanville. © AFP
Les doutes sur la fermeture de la centrale de Fessenheim (photo) s'intensifient après le report à 2017 par EDF du démarrage de l'EPR de Flamanville. © AFP

La centrale de Fessenheim fermera-t-elle vraiment ?

Le Point - Publié le 04/03/2015 à 06:08

François Hollande avait promis de fermer la centrale, à l'arrêt depuis samedi à cause d'un incident. Mais la promesse présidentielle a du plomb dans l'aile.

François Hollande a réaffirmé que la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), à l'arrêt depuis samedi soir, serait fermée "à l'horizon de la fin du quinquennat". "Sur ce que j'avais dit que cette centrale qui est la plus vieille devait être fermée à l'horizon de la fin du quinquennat, cela reste vrai", a déclaré le président de la République, interrogé lundi sur le sujet lors d'une conférence de presse commune à l'Élysée avec le Premier ministre québécois Philippe Couillard en visite en France.

Une promesse de campagne

"Nous sommes depuis plusieurs mois engagés dans ce processus qui prend du temps et qui doit respecter toutes les procédures et l'incident qui s'est produit ne change rien à ce qui était l'objectif du plafonnement de la production d'électricité d'origine nucléaire", a ajouté François Hollande. La production de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) a totalement cessé depuis samedi soir, un défaut d'étanchéité ayant conduit à l'arrêt de son unité de production n° 1, et la n° 2 ayant été arrêtée la veille pour maintenance.

Installée en bordure du grand canal d'Alsace et dotée de deux réacteurs de 900 mégawatts chacun, Fessenheim est la plus vieille centrale en activité du parc nucléaire français (depuis 1978). Les antinucléaires réclament sa fermeture et son démantèlement depuis des années. Et lors de sa campagne présidentielle, le candidat du PS avait fait de la fermeture de la centrale nucléaire son engagement numéro 41. Énième renoncement du chef de l'État ?

Royal sème le doute

Les doutes sur la fermeture de la centrale de Fessenheim s'intensifient après le report à 2017 par EDF du démarrage de l'EPR de Flamanville (Manche), un réacteur de nouvelle génération. Et les déclarations de la ministre de l'Écologie Ségolène Royal abondent dans ce sens. "En toute transparence, il y aura deux réacteurs qui fermeront quand deux réacteurs nouveaux vont s'ouvrir", a-t-elle rappelé à plusieurs reprises. Le 15 janvier dernier, lors d'un entretien à L'Usine nouvelle, elle affirmait : "On fermera les réacteurs de Fessenheim dès que l'EPR de Flamanville ouvrira." En octobre 2014, la ministre expliquait encore : "Si la gouvernance d'EDF a une proposition plus judicieuse que celle de fermer Fessenheim, je regarderai cette proposition." Des propos beaucoup moins catégoriques que ceux de Delphine Batho, qui l'a précédée au ministère de l'Écologie. "L'arrêt de Fessenheim aura bien lieu en 2016 ou début 2017. Il n'y a pas d'obstacle, ni juridique ni financier, qui soit incontournable. Le peuple est souverain pour décider de la politique énergétique, et EDF a dit qu'à partir du moment où il y aura une loi de transition énergétique, il la respectera", expliquait Batho en mai 2013 au Monde.

Après le vote des sénateurs ce mardi sur le texte de loi d'orientation énergétique, il faudra attendre le début de l'été 2015 pour son adoption définitive. Un point sera particulièrement scruté par les partisans de la fermeture de la centrale de Fessenheim, à savoir l'existence d'une date précise dans le texte pour le recul du nucléaire. Pour l'heure, il n'y en a pas. "Nous n'avons pas fixé de date précise au recul du nucléaire pour laisser sereinement le temps aux énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse...) de monter en puissance et de s'imposer dans le paysage énergétique, a expliqué au Figaro Jean-Claude Lenoir, sénateur UMP de l'Orne et président de la commission des Affaires économiques. Si un plafond chiffré est fixé, cela signifie impérativement qu'une centrale (Fessenheim ou une autre) devrait être fermée avant que l'EPR de Flamanville entre en service, de manière à équilibrer les productions. Nous ne souhaitons pas forcément un parallélisme absolu entre ces deux dates." Le dossier de la fermeture de Fessenheim est donc loin d'être clos.

Publié dans presse nationale

Commenter cet article