Irak : l'EI détruit des joyaux culturels à coups de bulldozers

Publié le par Denis PIGNOL

Lithographie de Baynes représentant le palais de Nimroud. © Eileen Tweedy / The Art Archive / The Picture Desk
Lithographie de Baynes représentant le palais de Nimroud. © Eileen Tweedy / The Art Archive / The Picture Desk

Irak : l'EI détruit des joyaux culturels à coups de bulldozers

Le Point - Publié le 05/03/2015 à 22:45 - Modifié le 06/03/2015 à 07:17

L'EI a "pris d'assaut la cité historique de Nimroud et a commencé à la détruire avec des bulldozers", a dit le ministère du Tourisme et des Antiquités.

Un responsable des Antiquités a confirmé ces informations. "Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts", a dit ce responsable sous couvert d'anonymat. Nimroud, une cité fondée au XIIIe siècle avant J.-C., est située sur les rives du Tigre à quelque 30 kilomètres de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, contrôlée par l'EI depuis juin. Jeudi dernier, l'EI avait diffusé une vidéo sur laquelle des djihadistes réduisaient en miettes des sculptures préislamiques du musée de Mossoul. Pour l'organisation djihadiste, statues, tombeaux et représentations "favorisent l'idolâtrie" et méritent donc d'être détruits.

Saccage à Mossoul

Après leur saccage à Mossoul, les djihadistes auraient lancé aux gardiens du musée que Nimroud était leur prochaine cible. "C'est l'une des plus importantes capitales assyriennes, on y trouve des bas-reliefs et des taureaux ailés (...) Cela serait un véritable désastre", avait alors indiqué à l'AFP Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l'université Stony Brook de New York. La destruction des trésors de Mossoul avait été condamnée par la communauté internationale, la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova réclamant à la Cour pénale internationale (CPI) de se saisir du cas.

L'EI a lancé une offensive fulgurante en juin 2014 en Irak, s'emparant de larges pans du territoire, notamment au nord de Bagdad. Les forces gouvernementales, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, tentent depuis plusieurs mois de reprendre le terrain perdu. Elles ont notamment lancé lundi une offensive mobilisant 30 000 hommes pour reprendre Tikrit, la deuxième plus importante ville conquise en Irak par l'EI après Mossoul.

Déplacement d'environ 28 000 personnes

"Les opérations militaires dans et autour de Tikrit ont précipité le déplacement d'environ 28 000 personnes vers Samarra", ont indiqué les Nations unies dans un communiqué jeudi, ajoutant que des "mouvements de déplacement supplémentaires" étaient toujours en cours au quatrième jour de l'assaut. Les 28 000 personnes déplacées cette semaine viennent gonfler les rangs des 2,5 millions d'Irakiens chassés de chez eux par les violences, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cependant, Amnesty International et Human Rights Watch s'inquiètent des dangers encourus par les civils à Tikrit après plusieurs menaces de représailles formulées par les miliciens chiites, dont des milliers de recrues ont été massacrées par l'EI dans le secteur en juin. Des tribus sunnites avaient alors été accusées de complicité.

Dans la bataille de Tikrit, les Irakiens n'ont pas demandé l'aide de la coalition, qui poursuit ses frappes quotidiennes contre l'EI ailleurs en Irak. La coalition mène également des frappes contre l'EI dans la Syrie voisine. Les États-Unis ont en revanche confirmé la participation de l'Iran dans cette bataille. Le secrétaire d'État américain John Kerry, en visite à Riyad, a indiqué jeudi que le général Ghassem Souleimani, chef de la Force Qods, une unité d'élite des Gardiens de la révolution, a été présent en Irak.

Capacité du pays à rester uni ?

"Est-ce que le général Souleimani a été sur le terrain, est-ce qu'il joue un rôle ? La réponse est oui", a déclaré John Kerry, insistant cependant sur le fait que l'opération était sous contrôle irakien. "Tout le monde sait qu'il y a un certain mouvement des forces iraniennes - à la fois dans et à l'extérieur du nord de l'Irak - qui sont engagées dans les combats depuis le tout début. Mais ce n'est pas coordonné. Nous ne nous coordonnons pas avec eux", a-t-il ajouté. Il a par ailleurs appelé "toutes les forces irakiennes à éviter et empêcher les abus contre des civils et toutes activités qui violeraient le droit international ou alimenteraient les violences et divisions confessionnelles". Et d'ajouter : "Cela inclut également l'Iran."

En dépit de ces mises en garde, l'émissaire de l'ONU, Nickolay Mladenov, a affiché son optimisme sur la capacité du pays à rester uni, au terme de 18 mois de mission en Irak. Il s'est notamment félicité du fait qu'il était "devenu de moins en moins acceptable (pour les acteurs politiques irakiens) d'être ouvertement communautariste dans un discours" depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau chef du gouvernement Haider al-Abadi, il y a six mois.
Haider al-Abadi, de confession chiite, a cependant récemment assuré qu'il ne pouvait y avoir "de partie neutre" dans la bataille de Tikrit, estimant que toute personne choisissant la neutralité se rangeait de facto du côté de l'EI.

Publié dans presse nationale

Commenter cet article