Faut-il supprimer les buralistes ?

Publié le par Denis PIGNOL

Faut-il supprimer les buralistes ?

Faut-il supprimer les buralistes ?

À tout vouloir criminaliser, on en arrive à des aberrations et un délire total.

Boulevard Voltaire | Emmanuel Roussel | Dirigeant d'entreprise | 02-04-2015

Bertrand Dautzenberg est un professeur de médecine français, praticien dans le service de pneumologie de l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT). Il enseigne la pneumologie, en particulier la tuberculose et la tabacologie à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Il est l’auteur de plusieurs livres sur le tabagisme et a coordonné un rapport sur la cigarette électronique pour le gouvernement français. C’est donc un spécialiste de la question qui était interrogé et débattait hier matin avec le représentant des buralistes sur un plateau de télévision sur le paquet neutre dans le cadre de la loi Touraine sur la santé. Et le moins que l’on puisse dire est que son discours fait froid dans le dos.

À l’instar de la ministre qu’il conseille, ce monsieur est d’un dogmatisme extrêmement préoccupant. Deux de ses phrases m’ont fait sursauter : « Il faut mettre les buralistes en cour d’assises » […] et « les buralistes sont un obstacle à la santé publique », en conséquence « il faut supprimer le réseau des buralistes » (LCI – « Choisissez votre camp », de 9 h 30 à 10 h 30).

À tout vouloir criminaliser, on en arrive à des aberrations et un délire total. Ce monsieur veut envoyer les buralistes devant les juges car ils vendent un produit légal, et dont l’État profite largement pour remplir ses caisses. Car qui gagne le plus dans cette histoire ? Les chiffres sont sans appel : en 2012, 8,6 % des 17,8 milliards d’euros du chiffre d’affaires du marché du tabac sont revenus aux buralistes, 13 % aux fabricants et aux distributeurs et près de 78,5 % à l’État. Ce dernier a ainsi perçu 14 milliards d’euros de taxes (TVA comprise) en 2012, soit 1,8 % de plus que l’année précédente.

Une fois encore, nos gouvernants ont choisi de stigmatiser une nouvelle catégorie de professionnels supposés « criminels » en puissance et les bien-pensants habituels tombent à bras raccourcis sur les membres de cette profession. Or, qui sont-ils ?

Petits bistrots de quartier, magasins multi-services de villages, grandes brasseries de centres-villes, diffuseurs de presse et de jeux, civettes… Une même enseigne : la carotte rouge.

27.500 points de vente sur tout le territoire, ouverts environ 13 heures par jour, 6 voire 7 jours sur 7. Ce maillage hors pair et cette forte disponibilité font des buralistes le premier réseau de commerces de proximité en France.

Mais aussi et surtout : les buralistes sont à la fois commerçants indépendants et préposés de l’administration. C’est l’État qui délègue la vente du tabac à ces professionnels, dans le cadre d’un monopole (chaque buraliste signant un traité de gérance avec les douanes). Une particularité qui explique que la profession commercialise aussi des produits réglementés comme les timbres fiscaux, les jeux de la Française des jeux et du PMU, ou encore des produits de La Poste.

Ce qui est bien avec nos dogmatiques de la bien-pensance, c’est que l’on n’est pas à une contradiction près !

Publié dans presse nationale

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