Euthanasie : quand on ne sait plus répondre à la souffrance que par la mort

Publié le par Denis PIGNOL

Euthanasie : quand on ne sait plus répondre à la souffrance que par la mort

Euthanasie : quand on ne sait plus répondre à la souffrance que par la mort

Un projet de loi sur la fin de vie élaboré conjointement par Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) sera examiné en ce début de semaine à l’Assemblée nationale.

Gabrielle Cluzel | Ecrivain, journaliste | Son blog | 10-03-2015

Euthanasie, le retour. Un projet de loi sur la fin de vie élaboré conjointement par Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) sera examiné en ce début de semaine à l’Assemblée nationale.

Deux mesures phares : la « sédation profonde et continue » – un nouveau « droit » pour les malades incurables dont le pronostic vital est engagé à court terme – et la contrainte, pour les médecins, de suivre les directives établies, même à une date très antérieure, par le patient.

Ce projet ne satisfait, semble-t-il, ni les pro (un amendement a reçu le soutien de 122 députés PS) ni les anti (un millier d’amendements sur le texte).

La vérité est que dans le long chemin vers l’euthanasie, cette loi n’est pas la grosse marche que voudraient bêtement les ultras, mais une rampe d’accès, une pente douce mais sûre, infiniment plus insidieuse et efficace, un glissement sémantique, quasi invisible pour le quidam moyen, du soin palliatif au « soin létal », terrifiant oxymore que l’on voudrait imposer au médecin.

Et tout cela semble si confus, si tatillon (qui donc sait la différence entre une « sédation terminale » et une « sédation en phase terminale » ?) que cela ne passionne pas les foules. La sédation, en somme, est déjà là. La France, somnolente, déjà inconsciente, se laisse piquer sans moufter tandis qu’on lui prodigue des paroles lénifiantes. Ce qui compte, c’est de ne pas souffrir, hein ?

Allez ouste, réveil, là-dedans ! Si on retrouvait enfin ses esprits ?

Lundi matin, Jean-Marc Ayrault, Michèle Delaunay, Jean-Christophe Cambadélis et Bruno Le Roux ont publié une tribune dans Le Monde. Ils évoquent une loi contre le « mal mourir » qui « répond à la demande des Français » souhaitant « mourir dans l’apaisement ». C’est que tout un chacun a vu, n’est-ce pas, ou entendu parler d’un aïeul mort dans des affres terribles. Plus jamais ça.

Mais quelle est cette sorte de pays où l’on ne sait plus répondre à la souffrance que par la mort ? Car qui n’a pas entendu parler aussi d’une grand-mère ayant accouché dans des souffrances terribles, à la ventouse et au forceps, en criant à la sage-femme qu’elle préférait cent fois mourir ? On a trouvé une solution contre le « mal accoucher » qui a répondu à « la demande des Françaises », désireuses d’accoucher « dans l’apaisement ». Cela s’appelle une péridurale, pas une piqûre létale. La péridurale, en matière de fin de vie, ce sont les soins palliatifs. Ce sont eux qu’il faut développer.

Lundi matin, au micro d’Europe 1, a témoigné Gemma, une « charmante mamie », comme l’a appelée Thomas Sotto. Elle affirmait avoir préparé son « suicide assisté » en Suisse. Elle disait faire ce choix au moins autant pour ses enfants et petits-enfants que pour elle : « Les jeunes de maintenant n’ont plus la même mentalité. Avant, vraiment, les jeunes générations se sentaient responsables de leurs vieux, et maintenant, ce n’est plus comme ça, c’est un fait, c’est triste mais c’est comme ça… »

Mais quelle est cette sorte de pays où l’on laisse partir une vieille dame à petits pas – « Merci Gemma d’avoir été là, et bonne journée à vous ! » a conclu le sémillant Thomas Sotto – avec son sentiment d’abandon qu’elle vient de crier à la radio et son projet de suicide au fond du cabas ?

Lundi matin, sur une autre radio, on évoquait aussi la montée du FN, fruit d’une inquiétude identitaire et de la peur de l’islamisme. Mais quelle est cette sorte d’identité mirifique que les Français comptent opposer aux islamistes, eux autres qui s’apprêtent à pousser doucettement, façon Soleil vert, leurs anciens dans la tombe ? Certes, ils ne les consomment pas encore, mais enfin, à la première disette, et sous réserve, bien sûr, de directives anticipées de l’intéressé… ce serait le droit à mourir dans l’utilité.

Publié dans presse nationale

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