Épidémie de grippe : vous avez dit « dysfonctionnements » ?

Publié le par Denis PIGNOL

Épidémie de grippe : vous avez dit « dysfonctionnements » ?

Épidémie de grippe : vous avez dit « dysfonctionnements » ?

Comme d’habitude, ce sont les soutiers de la médecine, urgentistes à l’hôpital et généralistes en ville, qui se relèvent les manches et œuvrent sans compter.

Boulevard Voltaire | Dr. Jacques Michel Lacroix | Médecin urgentiste et généraliste | 03-03-2015

Comme chaque année en cette saison, la grippe fait parler d’elle. Nous devrions pourtant être habitués à cette affection épidémique puisqu’elle revient régulièrement chaque année, touche plusieurs millions de Français et entraîne la mort, le plus souvent de façon indirecte, de 2.000 à 5.000 personnes. Il est cependant difficile de déterminer avec exactitude la part exacte de la grippe dans la surmortalité hivernale qui touche principalement les personnes à risque, donc entre autres les personnes âgées. Ce n’est pas faute de les inciter à se faire vacciner dès l’automne par des campagnes publicitaires médiatiques, et l’envoi par la Sécurité sociale aux personnes de plus de 65 ans d’une prise en charge pour l’achat du vaccin.

Cependant, la couverture vaccinale a baissé ces dernières années, particulièrement depuis l’épidémie de 2009/2010 dont la gestion par les autorités sanitaires a tourné à la pantalonnade, ce qui eut pour but de décrédibiliser les recommandations en matière de prévention vaccinale. Tout comme les propos d’un jeune confrère, entendu ces derniers jours dans une émission télévisée, incitant, sans rire, les personnes non encore vaccinées à le faire au plus tôt, après leur avoir expliqué que le pic épidémique observé ces dernières semaines était sans doute lié à l’inefficacité du vaccin mis sur le marché cette année ! En effet, cette année, le virus responsable de l’épidémie actuelle a muté, et ne correspond plus à la souche présente dans le vaccin. Cela ne rassurera pas la population qui doute chaque année davantage de l’opportunité de se faire vacciner. Cependant, bien que l’efficacité du vaccin ne soit que d’environ 50 % sur la mortalité des malades vaccinés, on peut estimer que le rapport bénéfice/risque est positif. Mais il faut, hélas, renouveler ce vaccin tous les ans, car les virologues chargés d’en établir le contenu doivent, dès le printemps, parier sur la bonne souche de l’hiver suivant.

Comme chaque année également, l’épidémie de grippe est l’occasion de faire remonter des informations sur les revendications de certaines catégories de professionnels de la santé. Principalement les urgentistes qui se plaignent (à juste titre) d’un surcroît de travail et d’infrastructures non adaptées pour gérer cet afflux de patients, le plus souvent âgés, qui présentent des décompensations respiratoires aiguës. C’est aussi l’occasion de mettre le doigt sur les dysfonctionnements de l’organisation chargée de gérer ces situations exceptionnelles, telles que le plan ORSAN, qui permet d’activer des dispositifs spécifiques pour adapter l’activité des hôpitaux à cet afflux de malades, mais qui semble avoir été mis trop tardivement en place cette année pour assurer une réponse adaptée.

Alors, comme d’habitude, ce sont les soutiers de la médecine, urgentistes à l’hôpital et généralistes en ville, qui se relèvent les manches et œuvrent sans compter.

Publié dans presse nationale

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