Echange bébé Rom à Marseille contre une voiture plus 9.000 euros

Publié le par Denis PIGNOL

Echange bébé Rom à Marseille contre une voiture plus 9.000 euros

Echange bébé Rom à Marseille contre une voiture plus 9.000 euros

Lagauchematuer |  Pasidupes | blogueur, http://pasidupes.blogspot.fr/ | 10 avril 2015

C’est dans les moeurs rom placées au-dessus des lois de la République. Le procès d’un trafic présumé de bébés rom a débuté mardi à Marseille.

Au coeur de ce trafic, Ilie Ionita et ses trois beaux-frères, poursuivis pour traite d’êtres humains. Dix personnes sont poursuivies, les unes pour avoir mis des nourrissons en vente à quelques milliers d’euros, les autres,pour avoir accepté ces offres, parce que couples stériles. C’est « un dossier de commerce d’êtres humains », résume le président du tribunal, Fabrice Castoldi, à l’ouverture de l’audience, « un puzzle de 2.000 pièces construit autour de quatre naissances ».

L’une des prévenus, Fana Moise, la mère d’un des bébés vendus, est absente. Au total, neuf personnes se sont présentées devant le tribunal : cinq acheteurs issus de la communauté des gens du voyage, et quatre Roumains, tenus pour les organisateurs du trafic par l’accusation, qui comparaissent détenus. Ilie Ionita, Roumain de 35 ans, et les compagnons de ses trois soeurs, Valeriu Rosu, 42 ans, Florian Stan, 33 ans, et Florin Coman, 25 ans comparaissent détenus devant le tribunal correctionnel de Marseille.

Dans la pratique administrative et le langage médiatique, les « gens du voyage » désignent les Rom de France (autrement appelés Tsiganes ou Romanichel, y compris les Manouches et les Gitans, lesquels refusent souvent l’appellation de Rom). Les « Roumains » sont des Tziganes de Roumanie et, fin 2012, Manuel Valls alors ministre de l’Intérieur a supprimé leurs primes de reconduite à la frontière (300 € par adulte et 100 € par enfant et de la prise en charge du billet d’avion).

Des mentalités qui défient les lois de la République

Rien de bien grave…

Ilie Ionita et Valeriu Rosu « ne comprennent pas pourquoi ils sont poursuivis, pour eux, ce n’est pas très grave », souligne leur avocat Daniel Roscio.

Pour l’accusation en tout cas, qui évoque la « facilité déconcertante avec laquelle les ventes d’enfants étaient décidées », le système était sans doute en place depuis un moment, et d’autres transactions que celles qui seront jugées à Marseille ont sûrement déjà eu lieu.

Assistés de deux interprètes, les quatre hommes interrogés par le président Fabrice Castoldi, démentent, quitte à donner parfois des réponses évasives ou peu crédibles. Pourquoi les 8.000 à 9.000 euros – les chiffres varient au fur et à mesure des interrogatoires – et le cadeau d’une BMW par Mike et Carmen Gorgan à réception du « fils » qui vient de naître à Marseille ? « Il n’était pas question de percevoir de l’argent: j’ai pris ça comme une aide pour les funérailles de l’oncle de ma compagne », raconte Valeriu Rosu.

Valeriu Rosu est aussi accusé de « démarcher » de potentiels acheteurs en faisant, avec Ilie Ionita, le tour des caravanes des campements de gens du voyage. « Il me serait impossible de faire ça, Dieu m’en est témoin », lance-t-il. Il va même jusqu’à inverser les rôles et suggérer que c’est en réalité Mike et Carmen Gorgan qui auraient tout organisé pour « acheter » son fils né à Marseille en juillet 2013.

Une dénonciation anonyme

Les deux concubins, eux aussi poursuivis, mais qui comparaissent libres, finissent par reconnaître que les détails financiers de l’arrangement ont bien été négociés avant la naissance du fils de Valeriu et Daniela Ionita, une Roumaine et soeur d’Ilie Ionita. Selon Carmen, l’acquéreuse, Ilie Ionita leur demanda même s’ils connaissaient d’autres couples qui pourraient être acheteurs.

Après quatre tentatives de fécondation in vitro, les demandeurs stériles paraissent prêts à tout pour avoir un enfant. Le jour de la naissance, ils accompagnent Daniela à l’hôpital dans le seul but de récupérer l’enfant, mais, placé quelques semaines plus tard, ils sont interpellés sur dénonciation anonyme attirant l’attention de la police à Marseille sur ce que l’accusation tient pour un réseau « particulièrement bien organisé ».

Un trafic d’envergure

L’enquête marseillaise s’oriente très vite vers un cas similaire survenu en Corse. Cette fois, selon l’accusation, c’est un petit garçon né en mai 2013 qui a été vendu, par une autre des soeurs d’Ilie Ionita, Fana Moise, et son compagnon, Florian Coman, à un autre couple de gens du voyage

Les acheteurs, Marius Demestre et Kelly Sara, eux aussi poursuivis, ont en revanche récupéré l’enfant à sa naissance. Agé de plus d’un an, il vit mal son placement après leur interpellation.

Deux autres cas de vente, qui n’ont pas abouti, sont également mis au jour par les enquêteurs, impliquant dans un cas encore l’enfant d’une troisième soeur d’Ilie Ionita, et dans l’autre, l’enfant d’un autre couple. A chaque fois, le prix à débattre varie entre 5.000 et 10.000 euros par enfant. Une fois l’accord passé, les acheteurs sont chargés d’accueillir jusqu’à son accouchement la mère biologique de l’enfant, acheminée depuis la Roumanie, avant de déclarer l’enfant auprès des autorités françaises.

A Ilie Ionita, Jonathan Demestre, le frère de Marius, proposa, quant à lui, 5.000 euros et un véhicule : « C’était pas assez. Il m’a demandé 8.000 euros et le (Mercedes) Sprinter », se rappelle le jeune homme à la barre, à propos d’une des deux transactions qui n’aboutira pas. Les producteurs encourent 10 ans d’emprisonnement.

Publié dans presse nationale

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