Départementales : beaucoup de bruit pour rien

Publié le par Denis PIGNOL

Départementales : beaucoup de bruit pour rien

Départementales : beaucoup de bruit pour rien

Marine Le Pen ne prend pas tant de voix à l’UMP qu’aux formations de gauche, PS en tête.

Boulevard Voltaire | Paul-Marie Coûteaux | Directeur des Cahiers de l’Indépendance | 26-03-2015

Les résultats des élections départementales sont commentés avec de notables variantes selon qu’on se réfère au scrutin précédent ou aux annonces et attentes des uns et des autres. En gros, la gauche régresse, le Front national progresse, l’UMP se maintient et l’abstention aussi. En somme, Marine Le Pen ne prend pas tant de voix à l’UMP qu’aux formations de gauche, PS en tête. Conséquence d’un positionnement « ni droite ni gauche », justement fait pour capter des « déçus de Hollande », et qui certes « fait des voix » ; mais signe inquiétant pour Mme Le Pen, pour deux raisons au moins.

Sous la Ve République, tout se joue au second tour de la présidentielle : le bel étiage de 25 % des votants (13 % des inscrits), soit près de 6 points de plus que le record historique de Jean-Marie le Pen en mai 2002 (19 %) est donc loin de suffire pour dépasser les 50 % nécessaires à la conquête du pouvoir – il en faudrait encore davantage moins pour son exercice réel.

Comment doubler la moisson d’ici deux ans ? Les réserves puisées dans les années 80 dans la partie protestataire du Parti communiste sont épuisées, celles que Marine Le Pen trouve aujourd’hui dans un Parti socialiste en panne idéologique ne sont pas inépuisables, et l’abstentionnisme structurel reste « le premier parti de France », insensible au goût nouveau qu’aurait pu donner à la politique le vieux FN, dont on a bien compris qu’il n’a d’autre rôle historique que celui que lui confia Mitterrand dans les années 80 : casser la droite pour assurer la survie de la gauche – en somme, toujours de la petite politique. L’électorat du centre n’est attrapable qu’à la marge. Reste l’électorat UMP. Or, il ne bouge guère.

C’est la pire épine dans le pied de Marine Le Pen, et la raison de son probable échec. Sa chance, et elle fut réelle quand elle prit voici quatre ans les rênes du FN, était de contrôler, transfigurer et dépasser suffisamment « le parti » pour capter un électorat UMP dont une large part était à l’évidence déroutée par le quinquennat de Nicolas Sarkozy, son ouverture à gauche, ses échecs sur l’immigration, la sécurité, le chômage, la restauration de l’École, etc. Il suffisait, à la nouvelle présidente, d’opérer un calme glissement vers la droite traditionnelle, de s’ouvrir à quelques personnalités assez attachées aux thèmes de la souveraineté, des valeurs, de l’immigration et du multiculturalisme pour se détacher d’une UMP qui, après l’échec de 2012, n’avait ni chef, ni programme et nulle dynamique.

En incarnant une droite renouvelée, plus nationale, plus exigeante sur l’autorité de l’État, le fonctionnement des services publics et la transmission culturelle, Marine Le Pen eût attiré un large électorat UMP et réduit à peu de chose un parti qui fut deux années durant en déshérence, se posant en principale adversaire d’une gauche qu’elle eût alors une chance de battre en 2017.

Un programme, un discours, des équipes de droite, voilà qui, de 2011 à 2014, était à sa portée. Hélas ! Elle préféra – parce que c’était sans doute sa pente intime et celle de son omnipuissant conseiller – une stratégie droite-gauche dont elle espérait qu’elle abolirait l’idiote accusation d’extrême droite (alors que ce positionnement l’y ramenait, au contraire) et dont le discours, maniant jusqu’à plus soif la rhétorique de l’UMPS assortie de quelques embardées gauchisantes (soutien aux grévistes de la SNCF) ne pouvait que rebuter les électeurs UMP. Finalement le retour de Nicolas Sarkozy les maintient presque entièrement au bercail ; on le vit dimanche dernier.

La porte s’est refermée, l’occasion historique est manquée. L’auteur de ces lignes en connaît hélas de près les péripéties, au point qui pourrait atteindre celui du désespoir. La France n’a pas de chance ! Reste que, quand les évidences cachées apparaîtront au grand jour en 2017, douchant les vieilles illusions, il n’est pas impossible que les espoirs se reportent sur d’autres figures mieux en phase avec les institutions de la Ve République – M. Dupont-Aignan ou d’autres…

Publié dans presse nationale

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