Claude Guéant dans le corridor de la tentation

Publié le par Denis PIGNOL

Claude Guéant dans le corridor de la tentation

Claude Guéant dans le corridor de la tentation

À l’issue d’une nouvelle garde à vue, M. Guéant vient d’être mis en examen pour faux, usage de faux et blanchiment d’argent en bande organisée dans le cadre de l’instruction menée sur un éventuel financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par feu Mouammar Kadhafi.

Boulevard Voltaire | Dominique Jamet | Journaliste et écrivain | 09-03-2015

La première fois que l’actualité avait fait rimer (pauvrement) le nom de Claude Guéant et des affaires d’argent, c’était en mai 2013. Après s’être empêtré dans des dénégations molles et des explications fausses, l’ancien ministre de l’Intérieur avait dû reconnaître qu’il avait discrètement mis dans sa poche, à concurrence de 25.000 euros, une partie des primes que l’État continuait de destiner, en toute illégalité et en liquide, à des fonctionnaires de police particulièrement méritants. C’était d’un petit monsieur.

La première fois que M. Claude Guéant avait été mis en garde à vue, c’était en mai 2014 pour qu’il s’explique sur les conditions dans lesquelles et les raisons pour lesquelles il avait organisé, dans son bureau de secrétaire général de l’Élysée, les réunions, regroupant les principaux protagonistes de l’affaire Tapie, qui avaient préludé à l’arbitrage que l’on sait, si favorable à l’ami Nanard et si préjudiciable aux intérêts de l’État.

À l’issue d’une nouvelle garde à vue, M. Guéant vient d’être mis en examen pour faux, usage de faux et blanchiment d’argent en bande organisée dans le cadre de l’instruction menée sur un éventuel financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par feu Mouammar Kadhafi. L’ancien homme de confiance de l’ex-chef de l’État n’a pu justifier de façon crédible le virement sur son compte de 500.000 euros par un avocat malaisien, en paiement, assurait-il, de deux petits tableaux d’un petit maître hollandais. Pour les magistrats instructeurs, il s’agit plutôt d’un gros mensonge.

Hypothèse basse : chargé pendant le premier et pour l’instant unique quinquennat de M. Sarkozy de toutes sortes de missions secrètes et de négociations occultes qui l’ont conduit à entrer en contact avec des personnages aussi fortunés que peu recommandables – ministres, émirs ou margoulins (la distinction n’est pas toujours aisée à faire) -, M. Guéant a reçu en récompense d’on ne sait quels services ou de quelle intercession ce modeste pourboire qu’il a omis de déclarer, tout comme il avait fait avec les enveloppes de la place Beauvau. Il s’agirait donc seulement de corruption et de fraude fiscale.

Hypothèse haute, qui n’est pas prouvée à ce jour : les juges auraient mis la main sur le début de la pelote de fil, bien embrouillée, qui pourrait les conduire au supposé financement d’une campagne électorale française par un chef d’État étranger, relevant de l’espèce bien connue du « Dictator dictator africanus ». Les retombées dont aurait bénéficié M. Guéant seraient alors à replacer dans le cadre d’une affaire d’État, dont la confirmation serait de nature à expliquer les étranges errements de nos relations avec la Libye et à éclairer d’une bien fâcheuse lumière l’ère sarkozyenne.

Ce qui semble dès à présent acquis est que l’homme qui eut la charge de l’ordre public pendant deux ans était un délinquant, tout comme celui qui, ès qualité, déployait une implacable rigueur contre les fraudeurs du fisc. Guéant et Cahuzac seraient à mettre dans le même panier : celui du linge sale de la République. Après une carrière discrète et présentée comme exemplaire de haut fonctionnaire et de grand policier dans l’ombre de Christian Bonnet, de Jean Paolini et de Charles Pasqua, M. Guéant se serait laissé griser par les séductions et les facilités du pouvoir. Comme tant d’autres, il n’aurait pas traversé indemne le corridor de la tentation qu’évoque Voltaire dans Zadig. Sans préjudice des suites judiciaires qui seront éventuellement données à l’instruction en cours, peut-être ne sera-t-il pas utile de frapper M. Guéant d’une peine d’inéligibilité. Les électeurs de Boulogne-Billancourt l’ont déjà prononcée, à leur manière.

Publié dans presse nationale

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