Chrétiens d’Orient : Laurent Fabius sauve l’honneur

Publié le par Denis PIGNOL

Chrétiens d’Orient : Laurent Fabius sauve l’honneur

Chrétiens d’Orient : Laurent Fabius sauve l’honneur

Qui sait encore que la France, depuis François Ier, est protectrice des chrétiens d’Orient ?

Boulevard Voltaire | François Teutsch | Avocat | 28-03-2015

Qui sait encore que la France, depuis François Ier, est protectrice des chrétiens d’Orient ? Aux termes des Capitulations de 1536, signées entre le roi et Soliman le Magnifique, le roi est chargé de la protection des Lieux saints et des chrétiens d’Orient. Une mission que ses successeurs n’oublieront pas. Napoléon III, en 1860, enverra un corps expéditionnaire de 5.000 hommes à Beyrouth pour mettre fin à des massacres ayant fait 12.000 morts parmi les chrétiens. En 1920, le traité de Sèvres signé avec la Turquie confiera à la France un mandat sur les pays du Levant, Liban et Syrie, qu’elle administrera sagement jusqu’à la guerre. Chacun se souvient enfin, lors de la terrible guerre civile libanaise, des liens étroits entre notre patrie et le pays du Cèdre, dont la plupart des habitants parlent français, et dont une large partie confesse sa foi chrétienne.

Laurent Fabius le sait, et pour une fois ne nous déçoit pas ! Dans un entretien à La Croix, le ministre des Affaires étrangères tient, sur la question, des propos qui tranchent avec ceux – inaudibles – de ses collègues de gauche. En annonçant que la France saisit le Conseil de sécurité de l’ONU sur le sujet, il tient des propos que Vergennes ou Richelieu n’auraient pas démentis :

« Les chrétiens d’Orient sont en train d’être éradiqués. Compte tenu de l’extrême gravité de la situation, nous voulons poser un geste fort.

Inscrivez-vous votre démarche dans la tradition française qui court depuis François Ier, celle d’une France “protectrice des chrétiens d’Orient” ?

– Tout à fait. Cette tradition est constitutive de notre histoire, de notre identité même, mais aussi de celles du Moyen-Orient.

– “Trop chrétiens pour intéresser la gauche, trop étrangers pour intéresser la droite”, a écrit Régis Debray au sujet des chrétiens d’Orient. La France – et la gauche en particulier – a-t-elle mis du temps à ouvrir les yeux sur le sort des chrétiens de la région ?

– La protection des chrétiens d’Orient, je l’ai dit, est constitutive de l’histoire de France, au-delà des clivages politiques. J’entends que nous soyons fidèles à cette tradition. »

Bravo, Monsieur le Ministre ! Pour une fois, notre pays tient son rang : le premier. En ne vous réfugiant pas derrière l’Union européenne, à l’égard de laquelle vous tenez par ailleurs des propos sévères, vous sauvez l’honneur.

Avec un petit effort supplémentaire, vous seriez cohérent. Hélas, le reste de l’entretien est contradictoire avec ces propos bien français. Laurent Fabius persiste à refuser à Bachar el-Assad toute légitimité à négocier une sortie de crise en Syrie. Lorsque même les Américains commencent à comprendre – c’est dire ! -, le ministre français reste sur une position inflexible. Sans comprendre que Bachar, qui n’est pas un saint, est le seul chef d’État de la région qui puisse encore faire obstacle à la submersion du Levant par l’islam radical, le seul qui protège les chrétiens d’Orient. Assad comprend le français, a été élevé en partie en Occident, où il exerçait à Londres la profession d’ophtalmologiste. Assad, qui n’est pas démocrate, mais pas musulman non plus, puisqu’il appartient à la communauté alaouite.

En persistant à vouloir le renverser, la diplomatie française rend illusoire sa détermination à protéger ces populations soumises à la terreur islamique. Fabius, un coup pour rien ? L’homme est cultivé et intelligent. On peut encore espérer un retour à la réalité.

Publié dans presse nationale

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