C’est pas jour de gala, c’est la Bérézina…

Publié le par Denis PIGNOL

C’est pas jour de gala, c’est la Bérézina…

C’est pas jour de gala, c’est la Bérézina…

La position du président de la République et de son Premier ministre est intenable.

Boulevard Voltaire | Dominique Jamet | Journaliste et écrivain | 30-03-2015

Le premier tour des départementales avait clairement donné les tendances. La question était de savoir si le second tour ne ferait que les confirmer ou s’il les amplifierait. La réponse est sans équivoque.

Après ses défaites des municipales et des européennes, le P.S. avait subi une claque magistrale le 22 mars. C’était le premier volet d’un aller-retour d’une brutalité sans précédent. En perdant, outre une trentaine de départements, les postes et la clientèle qui vont avec, le parti au pouvoir revient vingt ans en arrière. Encore faut-il souligner que, s’il conserve plus de sept cent cantons, il le doit en partie au report d’un certain nombre de voix venues de la droite et du centre « républicains ».

L’union de l’UMP et de l’UDI, en arrachant une trentaine de départements à la gauche, encaisse donc symétriquement sous la forme de bénéfices les pertes de celle-ci. Ses porte-parole, à commencer par le premier d’entre eux, n’avaient pas hier soir le triomphe modeste. Encore faut-il rappeler que la droite et le centre « républicains » n’ont bien souvent dû leur succès qu’au report d’un certain nombre de voix venues de la gauche et que, là où ils n’ont obtenu qu’une majorité relative, ils devront composer ou gouverner avec l’autre moitié du système.

En butte à l’hostilité conjuguée des deux partis de gouvernement qu’il ne ménage d’ailleurs pas particulièrement, le Front national n’est pas parvenu à conquérir un seul des départements où il apparemment sa chance. Il n’en a pas moins atteint un niveau auquel il n’était jamais parvenu et multiplie d’un coefficient cent le nombre de ses représentants dans les conseils généraux.

Après le modeste sursaut de la semaine dernière, l’abstention, pour sa part, s’est stabilisée juste un peu au-dessus des 50%, soulignant l’échec des appels du Premier ministre à la mobilisation générale et l’inanité de son discours.

Il faut avouer que la position du président de la République et de son Premier ministre est intenable. Le P.S. est mathématiquement menacé d’une quatrième raclée aux régionales de décembre et dans l’incapacité de qualifier son candidat pour le deuxième tour de l’élection présidentielle s’il ne rassemble pas derrière lui l’ensemble des partis de gauche, en incluant donc ceux qui contestent ses reniements idéologiques. La majorité des écologistes et le Front de gauche, qui n’ignorent pas cette donnée fondamentale, n’accepteraient de soutenir le P.S. que si celui-ci amorçait un virage accentué vers sa gauche. Or, le pays souhaite apparemment soit une inflexion en sens contraire de l’action du gouvernement soit, si ce n’est pas le cas, d’en être débarrassé. La défaite de la maison Hollande est inscrite dans cette contradiction qu’il ne parvient pas à surmonter.

De fait, M. Valls, physiquement, moralement et politiquement défait, a tiré une étrange leçon de ce scrutin. Tout en reconnaissant « un bouleversement durable du paysage politique français », le Premier ministre a martelé qu’il poursuivrait donc en personne avec une énergie accrue, à la tête d’un gouvernement inchangé, sous l’autorité du même président, la politique qui a donné les résultats que le pays vient une fois de plus de condamner.

Étrange socialistes ! Ils n’ont pas seulement perdu hier les Bouches-du-Rhône, la Corrèze, la Drôme, les Deux-Sèvres, le Doubs, la Seine-Maritime et quelques autres bastions qu’ils tenaient parfois depuis des décennies. Ils ont également, et dans les deux acceptions du terme, perdu le Nord.

Publié dans presse nationale

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