Béziers mon amour !

Publié le par Denis PIGNOL

Béziers mon amour !

Béziers mon amour !

Je le savais bien, que Béziers serait le laboratoire du futur ! Et comme dans tous les laboratoires, de temps en temps on casse une éprouvette, ou bien il y a une détonation : boum ! C’est ainsi qu’avance la recherche, et que progresse la connaissance.

Boulevard Voltaire | Renaud Camus | Ecrivain | 06-05-2015

Je le savais bien, que Béziers serait le laboratoire du futur ! Et comme dans tous les laboratoires, de temps en temps on casse une éprouvette, ou bien il y a une détonation : boum ! C’est ainsi qu’avance la recherche, et que progresse la connaissance.

Oui, mais justement, la connaissance, c’est ce dont on veut le moins, dans Ørop 1, le continent sorti de l’histoire, le pays qui ne veut rien savoir, l’empire qui préfère mourir que d’apprendre qu’il est malade (ou envahi).

Esprit du 11 janvier, es-tu là ? Il faut organiser une marche blanche contre Robert Ménard. On portera en procession le petit dieu Padamalgam et on marchera tous unis derrière une banderole large comme le Boulevard Voltaire où se lira, en lettres plus hautes que l’émir du Qatar :

LA VÉRITÉ NE PASSERA PAS !

On ne peut pourtant pas dire qu’il l’ait choisi particulièrement luxueux, son laboratoire, le professeur Ménard, pour y faire ses grandes découvertes. Deux tiers d’enfants musulmans dans les écoles, passe encore, mais dans quel état était Béziers, quand il l’a trouvée ? Il s’y rencontre certes de beaux monuments, de jolis musées, et l’une des plus belles avenues de France, des plus larges, des mieux tracées, avec les hauteurs crémeuses de ses plantureux immeubles bourgeois – j’ai nommé bien sûr les Allées de Riquet. Mais il y a beau temps que leur opulente bourgeoisie les a quittés, ces riches immeubles, et que ceux qui les habitent tant bien que mal ont du mal à les entretenir, d’évidence. Comme dirait ce pauvre Renaud Camus, le Petit Remplacement a précédé le Grand, et tous les deux marchent main dans la main, du joli théâtre au Plateau des Poètes et retour. Leurs femmes voilées et leur abondante progéniture suivent à distance.

Soixante-quatre virgule neuf pour cent d’enfants musulmans ! Et comment vous savez ça, voudabor ? demandent ulcérés les autres savants, ceux qui travaillent du soir au matin, avec une détermination qu’il faut saluer, à respecter les préceptes déontologiques de leur discipline et à atteindre les idéaux de leur vocation, en accord avec les vœux de leurs mandants, avec l’esprit du 11 janvier et les espérances du peuple aveuglé : assurer pour mille ans la monarchie des aveugles. (Ørop devrait prendre pour emblème celui de la Corse, le Maure aux yeux bandés : quand le continent sera devenu entièrement noir, il ne s’en apercevra toujours pas…)

Ce qu’il y a de merveilleux dans cette affaire qui pourtant ressemble à tant d’autres, c’est qu’on y observe au microscope (laboratoire oblige) tous les procédés qui permettent à la science moderne de l’intoxication (au service de l’industrie de l’hébétude) de garantir que la vérité ne sortira pas de sa cornue ; et que, si par malheur elle en sortait, elle serait aussitôt renversée, répandue, essorée, effacée, oubliée, décryptée, rangée entre les crimes et les bonnes plaisanteries. De ces procédés je relèverai seulement deux, à titre d’exemple, et faute de place.

On concentre l’attaque sur un ou deux mots, choisis pour leurs connotations sinistres bien connues – en l’occurrence listes, fichiers. Le professeur Ménard, dans son laboratoire biterrois, ne peut pas avoir raison seul contre la communauté scientifique remplaciste unanime, parce qu’il dresse des listes et constitue des fichiers. Bien entendu, absolument tout le monde, investi de la moindre responsabilité intellectuelle, économique ou politique, dresse des listes et remplit des fichiers, ne serait-ce que pour savoir par exemple quelle quantité de viande halal il va falloir dans les cantines. Oui, mais là, ce n’est pas au service de la vérité ; alors que dans le cas du professeur Ménard…

Deuxièmement, on va exiger la plus grande rigueur dans toutes les définitions. J’attire l’attention sur ce procédé-là, car il est celui qui s’est montré de très loin le plus efficace pour étouffer toute constatation objective et simple du Grand Remplacement. On disqualifie l’adversaire (quand besoin est, et seulement si besoin est) en lui faisant remarquer que chacun de ses mots est un peu approximatif : vous dites Europe, mais qu’est-ce que c’est exactement pour vous, l’Europe ? Vous dites français, mais vous définissez cela comment, être français ? Vous dites arabe, mais les berbères, vous en faites quoi ? Vous dites musulman, mais ceux qui sont athées, ou indifférents, vous les classez comment ? Et tous les immigrés ne sont pas musulmans, si ?

Je tiens pour ma part, avec Gadamer (et contre Wittgenstein), que la conversation, l’échange, et la vérité elle-même, ne peuvent progresser qu’avec un peu de jeu et d’approximation. L’exigence wittgensteinienne de rigueur absolue à chaque étape de la démonstration les rend, hors mathématiques pures et syllogistique abstraite, impossibles. C’est ainsi que les remplacistes ont pu soutenir depuis un demi-siècle que le Grand Remplacement n’existait pas, qu’à l’école le niveau montait, et qu’il n’y avait aucune espèce de lien entre délinquance et immigration ; et ainsi qu’ils ont pu, surtout, empêcher que soit soutenu victorieusement ou plutôt révélé le contraire, malgré l’évidence.

Ils disent à Robert Ménard : mais vos prénoms, là, vous trouvez ça bien scientifique ? Et bien sûr, il est toujours possible qu’une Raïssa soit russe, ou catholique mauritanienne. Mais si elle se nomme Al-Bouraqi, sa basse-normandité culturelle devient déjà moins vraisemblable. Si je crois en Béziers et en Robert Ménard, c’est que l’évidence et la vraisemblance, à leur ombre, ne sont pas traitées systématiquement en ennemies de la vérité. C’est à ce prix qu’une des capitales du Grand Remplacement peut devenir, sous l’égide de son maire, celle de la résistance.

Notes:

1. Je me permets de reprendre le titre du conte retrouvé que j’ai prêté à Hans Christian Andersen (“Chez l’auteur”, 2015). On l’aura compris, Ø se prononce Eu.

Publié dans presse nationale

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