Banquet de roi, rémunération de nabab, « ça va finir par péter ! »

Publié le par Denis PIGNOL

Banquet de roi, rémunération de nabab, « ça va finir par péter ! »

Banquet de roi, rémunération de nabab, « ça va finir par péter ! »

Les oligarques qui nous gouvernent et nous emploient n’ont absolument pas pris la mesure de la vague de colère qui monte inexorablement. Ils méprisent tellement le peuple qu’ils le croient incapable de se rebeller.

Boulevard voltaire | Christophe Servan | Gestionnaire de fonds d’investissement | 27-03-2015

Le voyage à Paris du roi d’Espagne Philippe VI, écourté suite au crash du vol Barcelone-Düsseldorf, que fallait-il faire du banquet préparé en son honneur par la mairie de Paris et du dîner somptueux (foie gras, dos de bar) prévu à l’Élysée ? Si l’on en croit Le Parisien , tout ce qui pouvait être conservé l’a été, tout ce qui devait être consommé a été distribué sous forme de plateaux-repas aux plus démunis, les sans-dents comme, semble-t-il, François Hollande se plaît à les nommer. C’est fort bien, mais le symbole est atroce.

Pratiquement le même jour, nous apprenions que la rémunération globale de Carlos Ghosn, le PDG de Renault, au titre de l’année 2014, avait été évaluée à 7,2 millions d’euros, soit près de trois de plus que l’année précédente. Mieux, et ceci, la presse française n’en a dit mot, il ne s’agit là que de la rémunération versée par Renault. Nissan lui ayant versé à peu près la même somme, il serait plus correct de parler de 7,2 millions d’euros pour un job à mi-temps.

Ces deux événements, bien que de nature différente, relèvent du même esprit. Nos gouvernants ne se sentent pas concernés par l’effort d’austérité imposé aux citoyens (voir le vote récent du doublement de l’indemnité de départ des parlementaires non réélus) et nos chefs d’entreprise pensent qu’ils sont les seuls responsables de la réussite de leur entreprise. Dans les deux cas, une absence totale d’empathie comme s’il y avait d’un côté les maîtres qui ne paient jamais quand ça va mal et raflent toute la mise quand ça va bien, et de l’autre les sans voix.

Sans doute François Hollande pense-t-il qu’il en a va de l’honneur de la France de recevoir le roi d’Espagne avec faste, sans doute Carlos Ghosn pense-t-il qu’il a mérité sa rémunération, et comme il en a toujours été ainsi sans doute pour beaucoup d’entre nous, cela est parfaitement normal. Mais beaucoup de choses paraissent normales du seul fait qu’elles ont toujours été sans la moindre justification morale ou scientifique ; le droit de vote réservé aux hommes jusqu’en 1946 en est une parfaite illustration.

En l’occurrence, il eût été parfaitement normal que la visite du roi d’Espagne fût placée sous le signe de l’austérité, une douzaine de convives au lieu de plus de deux cents, par exemple. Je doute fort que le jeune roi, soucieux de faire oublier les incartades de son père et, qui plus est, époux d’une roturière, en eût été offensé, bien au contraire. En l’occurrence, il eût été parfaitement normal que Carlos Ghosn, qui a imposé le gel des salaires dans son entreprise, acceptât de plafonner sa rémunération au niveau de l’année précédente. C’eût été moral, mais c’eût été de bonne politique et de saine gestion aussi.

En somme, les oligarques qui nous gouvernent et nous emploient n’ont absolument pas pris la mesure de la vague de colère qui monte inexorablement. Ils méprisent tellement le peuple qu’ils le croient incapable de se rebeller. Ce n’est pas nouveau, c’était la même chose en 1789 et en 1917. Hier, dans les campagnes de France, un peu plus d’un siècle plus tard dans les faubourgs populaires de Saint-Pétersbourg, aujourd’hui aux comptoirs des cafés, tendez l’oreille, vous entendrez ces cinq mots, qui ne font rire que les niais : Ça va finir par péter !

Publié dans presse nationale

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