Avions Rafale : les à-côtés d’une vente historique

Publié le par Denis PIGNOL

Avions Rafale : les à-côtés d’une vente historique

Avions Rafale : les à-côtés d’une vente historique

Pourquoi ce subit regain d’intérêt des Égyptiens, des Saoudiens et des Qataris devant nos Rafale ?

Boulevard Voltaire | Nicolas Gauthier | Journaliste, écrivain | 05-05-2015

Depuis de longues décennies, le Rafale faisait figure d’avion maudit. C’était, paraît-il, le meilleur chasseur au monde – ce qui n’était sûrement pas faux – mais trop cher, peut-être un brin trop en pointe en matière technologique ; bref, trop français. Du coup, le bijou de chez Dassault ne se vendait pas. Et pas forcément à cause de ses qualités et défauts supposés. Peut-être, tout simplement, parce qu’au moment de signer les contrats, nos amis américains nous savonnaient un peu la planche.

Et voilà que, depuis quelques semaines, nous en fourguons par paquets de dix. François Hollande excipera évidemment du fait qu’en la matière, il est un peu moins compulsif que son prédécesseur. Pas faux. Notre Président qui vient de vendre vingt-quatre de ces précieux joujoux au Qatar n’est pas dupe, même affirmant que nous avons conclu la vente car la France est un pays « fiable »… Tiens donc ! Et si l’on demandait à monsieur Poutine ce qu’il pense de cet État « fiable » qui lui barguigne, depuis des mois, la vente de deux bateaux de guerre ?

Ainsi, pourquoi ce subit regain d’intérêt des Égyptiens, des Saoudiens et des Qataris devant nos Rafale ? À ce petit séisme, plusieurs raisons :

– Longtemps, le centre de gravité de notre « univers » fut la Méditerranée. Qui la contrôlait la dominait ; la preuve par Gibraltar, dominion anglais. Puis l’océan Atlantique dans les siècles suivants. Aujourd’hui, et surtout demain, l’océan Pacifique : là où tout se jouera dans les décennies à venir, gigantesque espace dans lequel les USA sont en train de redéployer leurs forces contre la Chine, prochaine puissance émergente, puissance d’autant plus émergente qu’elle est en train de se réconcilier avec la Russie. Soit un prochain morceau à avaler.

– Et l’Orient – Israël, surtout -, dans cette redistribution des cartes ? Peu à peu, Washington distend ses liens historiques. Avec l’Arabie saoudite tout d’abord, pour cause de soutien par trop voyant au terrorisme anti-occidental – et puis aussi grâce la découverte de gigantesques gisements de gaz de schiste leur permettant de retrouver une indépendance énergétique. Israël ? Un boulet dans leur chaussure qui parasite à la fois leur politique, extérieure comme intérieure.

– D’où ce trouble retournement d’alliances. Saoudiens et Émiratis, premiers sponsors de Daech et de ses autres épigones, sont en train de se demander s’ils ont véritablement misé sur le bon chameau, sachant que dans le logiciel de ce wahhabisme sunnite, ces monarchies fatiguées pourraient bien être les prochaines cibles en ligne de mire. Ils font donc front commun. Contre qui ? À la fois contre les créatures de Frankenstein par eux créées, mais avant tout contre le traditionnel ennemi iranien, pardi : Perses coupables de n’être point arabes, et musulmans chiites donnés pour hérétiques par les intégristes sunnites ; et les chrétiens en victimes collatérales, tel qu’il se doit. Un temps, ces États qui n’en sont pas vraiment ont aidé et financé les groupes djihadistes contre les milices chiites téléguidées par l’Iran, avant de se raviser, faute d’une véritable politique alternative.

– De son côté, Israël joue un peu une mi-temps dans chaque camp. Ménageant la Syrie, afin que le chaos ne déborde pas trop sur ses frontières, tout en aidant parfois Daech en certains moments critiques. Principalement lorsque cela peut aider les combattants inféodés à cet Iran honni de longue date.

– Et là, pourquoi cette soudaine flambée de ventes de nos Rafale ? À plusieurs raisons. La première consiste, pour Riyad et Doha, à punir un peu Washington, et surtout Barack Obama, pour son rapprochement d’avec Téhéran. En effet, de tous les pays d’Europe, c’est la France de François Hollande qui aura tout fait pour freiner des quatre fers afin d’empêcher cette réconciliation historique.

Pour le moment, les seules réactions notoires sont celles de l’inénarrable Pierre Laurent, patron de ce qui reste d’un Parti communiste même plus français : il ne « s’en réjouit pas ». Ça, c’est envoyé. En matière de géopolitique, passer du Capital au Manuel des castors juniors, voilà qui valait le détour.

Qu’il relise plutôt Jacques Bainville.

Publié dans presse nationale

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