Auto-entreprise

Publié le par Denis PIGNOL

Auto-entreprise

Auto-entreprise

Compliquer ce qui est simple. Tordre ce qui est rectiligne. Marteler ce qui est plan. Il semble que, chez nos gouvernants de tous bords, ce soit devenu une obsession.

Boulevard Voltaire | Yannik Chauvin | Docteur en droit, écrivain, compositeur | 06-04-2015

Un peu perdu dans la campagne, un politicien de profession demande à un brave homme de lui indiquer le chemin pour aller au village. Le regard pétillant, le paysan madré pointe le bras et lâche : « Vous ne pourrez pas trouver : c’est tout droit ! »

Et si ce politicien était Nicolas Sarkozy ?

Compliquer ce qui est simple. Tordre ce qui est rectiligne. Marteler ce qui est plan. Il semble que, chez nos gouvernants de tous bords, ce soit devenu une obsession.

L’auto-entreprise est, sans aucun doute, l’innovation la plus géniale du dernier demi-siècle : extrême simplicité – un clic et on est inscrit –, extrême justice – on paye charges et impôts sur le chiffre d’affaires réalisé et non pas aveuglément comme jadis –, extrême équité – au-delà d’un certain montant, le régime n’est plus applicable –, extrême popularité – plus de 1,5 million d’auto-entrepreneurs en six ans.

En arrivant au pouvoir, la gauche a déjà mis une claque à ce régime avec, pour résultat immédiat, une chute de 11 % des créations d’auto-entreprises en 2013 : bonjour le travail au noir. En rêvant de revenir au pouvoir, Nicolas Sarkozy lui en met une autre : « L’auto-entreprise, c’est un caillou dans ma chaussure », a-t-il affirmé durant la campagne des départementales.

Pauvre Nicolas ! Essayons de le soulager un peu. Rappelons d’abord que c’est sous sa présidence qu’Hervé Novelli a inventé le statut d’auto-entreprise ; le remettre en cause, c’est de l’inconstance. Et puis le réflexe politicien joue à plein : on casse parce qu’un groupe de pression fait du bruit en prétextant la concurrence déloyale. Une seule donnée, apaisante : sur 100 de chiffre d’affaires dans le domaine artisanal, 98 provient des artisans et 2 des auto-entrepreneurs 1. Il n’est pas douteux qu’ici ou là, un artisan ait à se plaindre. Faut-il, une fois de plus, prendre une mesure générale pour résoudre quelques cas particuliers ?

Ensuite, je pensais naïvement que, là où la gauche brandissait l’égalité et le collectif, la droite, elle, se faisait le chantre exalté de la liberté en prônant l’individu, la responsabilité, le mérite, le succès, le non-assistanat, toutes « valeurs » incarnées par le régime auto-entreprise ! Me serais-je trompé ? Je rêve d’une droite au comportement de droite, qui magnifierait la liberté, si esquintée par les temps qui courent, pas d’une droite qui couche à gauche !

Enfin, la France étouffe sous les codes, les lois, les décrets, les réglementations, les obligations, les oukases… De l’air, par pitié ! Alors, ne serait-il pas plus intelligent de travailler à simplifier la vie des artisans plutôt que de casser les pieds des auto-entrepreneurs ? Nicolas Sarkozy y gagnerait davantage de suffrages puisque après tout, il crève les yeux que sa petite phrase avait, d’abord et peut-être uniquement, une portée électorale.

Si rien de tout cela ne suffit à le soulager, je n’ai aucun scrupule 2 à lui suggérer de marcher pieds nus !

Notes:

1. Chiffre d’affaires annuel comparé : l’artisanat, 300 milliards – Auto-entrepreneurs, 6 milliards.

2. « Scrupulus » signifie « petit caillou », en latin !

Publié dans presse nationale

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