Attentats albanais, manifestations de rue… que se passe-t-il vraiment en Macédoine ?

Publié le par Denis PIGNOL

Attentats albanais, manifestations de rue… que se passe-t-il vraiment en Macédoine ?

Attentats albanais, manifestations de rue… que se passe-t-il vraiment en Macédoine ?

Plusieurs milliers d’Albanais, de Turcs et de Macédoniens ont manifesté ce 17 mai contre le gouvernement et, comme à Kiev en Ukraine, ils campent devant le Parlement.

Boulevard Voltaire | Nikola Mirkovic | Responsable d’une association humanitaire | 19-05-2015

Le 9 mai dernier, un commando d’Albanais armés envahit la ville de Koumanovo dans l’ex-République yougoslave de Macédoine et sème la terreur. Le bilan est sanglant : 22 morts, 30 arrestations et un quartier complètement dévasté par les combats. Le terrorisme albanais sévit dans le sud de la Serbie, au Kosovo et en Métochie, depuis la fin des années 90, et a provoqué même une guerre civile en Macédoine en 2001. Depuis, il faisait moins de bruit mais, à la petite semaine, poursuivait son œuvre dévastatrice de purification ethnique sur les terres qu’il réclame au nom de la Grande Albanie.

Il est primordial de se rappeler que ce sont des pays de l’OTAN qui ont financé, formé et soutenu ces terroristes afin de faire exploser la Serbie, qui avait eu le mauvais goût de ne pas vouloir intégrer le giron atlantiste. Si certains terroristes ont troqué, depuis, leurs treillis pour des costumes de politiciens, d’autres poursuivent le combat à l’ombre et tous reçoivent leurs ordres des mêmes mécènes occidentaux.

Cependant, l’attaque de Koumanovo doit être analysée dans un contexte plus global où des pressions importantes s’exercent en ce moment sur le gouvernement de Macédoine.

Dès son élection à la présidence en 2009, Gjorge Ivanov s’était rué à Bruxelles pour précipiter l’intégration de son pays à l’Union européenne et l’OTAN. Las de voir que ses candidatures n’avançaient pas au bout de 6 ans, Ivanov se tourne de plus en plus vers la Russie. Crime suprême pour les atlantistes. Alors que le régime de Skopje est éclaboussé de scandales depuis le début, ce n’est que depuis qu’il se rapproche de Moscou que l’opposition descend massivement dans la rue pour réclamer sa démission.

Plusieurs milliers d’Albanais, de Turcs et de Macédoniens ont manifesté ce 17 mai contre le gouvernement et, comme à Kiev en Ukraine, ils campent devant le Parlement. Va-t-on assister aux mêmes scènes d’horreur organisées par de mystérieux agents provocateurs comme à Maïdan ? Les prochains jours nous le diront. En attendant, ce qui est certain c’est que la Macédoine est clairement victime d’une révolution de couleur, comme le coup d’État à Kiev, doublée d’une menace terroriste comme en Syrie, dont on a du mal à imaginer qu’elles soient indépendantes du rapprochement d’Ivanov avec le grand frère russe. Du reste, Ivanov avait bravé la fatwa occidentale et participé à Moscou au 70e anniversaire de la défaite du nazisme en Europe, au moment même où les terroristes albanais attaquaient son pays.

Comme souvent, de nos jours, il faut vraisemblablement regarder du côté des ressources énergétiques pour comprendre les enjeux géostratégiques qui pèsent sur les épaules de la petite Macédoine. Suite à la victoire de l’Union européenne et des États-Unis qui ont empêché le projet South Stream qui aurait vu l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe via la Bulgarie et les Balkans, les Russes ont ourdi un autre projet de gazoduc via la Turquie et la Grèce qui pourrait remplacer le projet initial et apporter le gaz dont le sud-est de l’Europe a tant besoin. Afin que ce gaz arrive à Belgrade puis Budapest, il doit traverser le sud des Balkans. L’Albanie, alliée des États-Unis, refusera. Le sud de la Serbie est occupé (Kosovo). Il reste un pays : la Macédoine.

Ce projet contrarie les États-Unis, qui veulent empêcher la Russie de devenir une puissance européenne et qui veulent nous imposer leurs propres projets énergétiques avec les principautés islamiques du Golfe ou de l’Azerbaïdjan. En attendant, les jours prochains vont être chauds en Macédoine et rien ne dit que le brasier ne s’étendra pas ailleurs dans les Balkans.

Publié dans presse nationale

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