Armée française et patriotisme économique : si on arrêtait là l’hypocrisie ?

Publié le par Denis PIGNOL

Armée française et patriotisme économique : si on arrêtait là l’hypocrisie ?

Armée française et patriotisme économique : si on arrêtait là l’hypocrisie ?

La France est avant tout malade de ses mensonges, de sa schizophrénie et de sa paperasserie.

Boulevard Voltaire | Marie Delarue | Ecrivain, musicienne, plasticienne | 08-05-2016

Montebourg est parti porter sa marinière ailleurs. Il l’a même retirée pour mieux coiffer sa casquette de capitaine de ferry-boat. Certes, Habitat, dont il a rejoint l’équipe de direction, appartient depuis 2011 à un groupe français, mais la chaîne, fondée à Londres, est internationale et la fabrication itou. Bref, le soutien inconditionnel au « made in France », c’est juste pour amuser la galerie.

Le patriotisme économique a vécu ce que vivent les tartuffes. Le frondeur en peau de lapin est rentré dans le rang et nos administrations s’en sentent d’autant plus les coudées franches.

Ainsi notre armée française, financièrement bien mal en point malgré les récentes promesses du Président, a-t-elle décidé d’acheter ses 4×4 non point aux entreprises françaises mais au concurrent américain. Tollé. Colère blanche des élus. Désespoir des locaux, des syndicats de Citroën et de Renault. Fureur médiatique. Cela à l’heure où tous se gargarisent de la vente des Rafale aux rois du pétrole, banquiers du terrorisme. Tout fout l’camp, ma pauv’ dame, et là, voyez-vous, je me tords de rire.

Je me tords de rire parce que la France est avant tout malade de ses mensonges, de sa schizophrénie et de sa paperasserie.

Certes, il est vrai que l’armée de terre a passé un appel d’offres pour un marché de 5.000 véhicules tout-terrain, et que le contrat vient d’être passé pour une livraison immédiate de 1.000 véhicules de la marque Ford Ranger. C’est parce que notre matériel est obsolète, usé jusqu’au moyeu. Il faut impérativement remplacer le parc des P4 qui datent de… 1983. Précision utile : le P4 « n’était pas non plus un modèle français. Il s’agissait en effet d’un Mercedes G juste équipé d’un diesel français, ni plus ni moins », rappelle Challenges. C’est aussi et surtout parce que le problème qui se posait hier se pose encore plus sûrement aujourd’hui : nous ne fabriquons pas ce type de véhicules.

L’armée veut du lourd, la France a fait le choix du léger. Les Ford Ranger peuvent transporter 5 hommes, plus d’une tonne de matériel, et dans le même temps tracter 3,5 tonnes. Pas les Duster et Berlingo des constructeurs français Renault et Citroën, même revisités.

Enfin, la France crève de sa paperasserie. Comme l’a expliqué le porte-parole de l’armée : « Les procédures habituelles avec appel d’offres étant trop longues, 18 mois et plus, l’armée s’est tournée vers une centrale d’achat interministérielle, l’UGAP (Union des groupements d’achats publics), qui permet de réduire les délais de commande à deux mois et a choisi les véhicules sur catalogue. »

L’UGAP permet aussi de réduire les coûts et d’aller vers le mieux et souvent le moins-disant. Ce dont le contribuable devrait au fond se réjouir, lui qui réclame sans cesse à l’État – et à juste titre ! – des économies.

Nous passons tous notre temps à chercher sur Internet les « bonnes affaires », à marchander chez les commerçants, à rogner ici et là. Le monde est à portée de clavier, plus près que les boutiques dont les fermetures transforment les rues commerçantes en déserts. Et quand nous payons un sac à dos 2,95 euros (pub actuelle) ou une paire de chaussures 10 euros, on sait bien qu’ils ne sont pas « made in France » mais fabriqués dans ces usines où les ouvriers vivent à l’instar des poulets en batterie. Alors, de grâce, cessons nos indignations hypocrites !

Publié dans presse nationale

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