Aquilino Morelle, les caprices d’un conseiller déchu…

Publié le par Denis PIGNOL

Aquilino Morelle, les caprices d’un conseiller déchu…

Aquilino Morelle, les caprices d’un conseiller déchu…

Le problème avec les anciens conseillers de l’ombre est qu’ils deviennent mortellement ennuyeux quand, après avoir été congédiés par le souverain, ils se répandent en justifications rances ou aigres.

Boulevard Voltaire | Aristide Leucate | Docteur en droit, journaliste et essayiste | 11-03-2015

Le problème avec les anciens conseillers de l’ombre est qu’ils deviennent mortellement ennuyeux quand, après avoir été congédiés par le souverain, ils se répandent en justifications rances ou aigres. La disgrâce ne supporte pas le soleil et celui qui en est frappé la porte bien mal au teint. Il en est ainsi d’un Aquilino Morelle, ce fils du peuple revendiqué, incarnation d’une certaine méritocratie qui s’est vautré dans le parvenu vulgaire. La caque sent toujours le hareng.

Une faute de goût. Ce valet a cru s’être hissé au rang des puissants quand, tout à sa jouissance infatuée, il fit chercher un cireur de chaussures dans tout Paris. On ignorait qu’il en existât encore à l’ère de la mondialisation 2.0.

Le Palais se sépara, on s’en souvient, du plumitif Morelle, celui qui inspira à son mentor la célèbre tirade du Bourget de janvier 2012 : « Mon ennemi n’a pas de visage… Mon ennemi, c’est la finance. » Officiellement, l’ex-conseiller politique du locataire de l’Elysée se voyait accuser d’un conflit d’intérêt, que l’intéressé, bien que lavé de ce soupçon par le Parquet financier, ne nie pourtant pas : « le chef de l’IGAS [Inspection générale des affaires sociales, son administration d’origine, NDLR] n’a relevé qu’un oubli : j’aurais dû l’informer de la courte mission que j’ai faite auprès d’un laboratoire pharmaceutique. Un simple oubli, comme cela peut arriver à chacun d’entre nous », confiait-il avec candeur au Parisien (9 mars).

Dans la Hollandie régnante où l’on ne compte plus les Lamdaoui, Arif, Cahuzac et autres Thevenoud convaincus de fraudes ou prévarications, un tel opprobre reste parfaitement réaliste. Plus noble aussi sans doute, que de convoquer sur un coup de sifflet un lustreur de pompes, nouvel esclave recyclé des temps modernes. « Une seule fois, pour des raisons qui tiennent au rythme de travail et à l’enfermement à l’Elysée, j’ai fait venir et payé quelqu’un pour entretenir mes chaussures dans une annexe de l’Elysée », ose-t-il encore avec un inoxydable aplomb !

C’est vrai que, nous autres plébéiens moyens, encasernés dans nos vies harassantes, perclus d’impôts et de charges, sommés de se pâmer devant les mirages antiracistes et diversitaires de la Parousie multiculturaliste, nous pouvons nous permettre ces petites bagatelles…

Eminences grises, conseillers du prince en charge de recueillir les moindre confidences, de jouer avec une habileté matoise de toutes les nuances de l’intrigue, d’inciter à l’action, ces diplomates de cours et d’antichambres doivent savoir simuler et dissimuler, flatter sans ornements et surtout, s’abstenir de tout faux pas. N’est pas Talleyrand qui veut.

Et loin des ors présidentiels, le plus modeste épilogue est celui que La Bruyère affectionnait en ces termes :

Une belle ressource pour celui qui est tombé dans la disgrâce du prince, c’est la retraite. Il lui est avantageux de disparaître, plutôt que de traîner dans le monde le débris d’une faveur qu’il a perdue, et d’y faire un nouveau personnage si différent du premier qu’il a soutenu.

Publié dans presse nationale

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