Anne Pingeot : la femme qui a toujours dit « Merci pour ce moment »

Publié le par Denis PIGNOL

Anne Pingeot : la femme qui a toujours dit « Merci pour ce moment »

Anne Pingeot : la femme qui a toujours dit « Merci pour ce moment »

À écouter madame Pingeot, elle fut aussi fidèle qu’il était volage et, en bonne catholique pratiquante, ne connut que François Mitterrand. Un peu comme si sa vertu à elle pouvait racheter sa débauche à lui.

Boulevard Voltaire | Marie Delarue | Ecrivain, musicienne, plasticienne | 21-05-2015

Mitterrand, ce n’est pas un secret, était un homme à femmes. Collectionneur de conquêtes et polygame dans l’âme, il aimait à planter ses crocs dans la chair fraîche. Si l’on en croit son vieux complice Roland Dumas, lui aussi célèbre par ses conquêtes, Mitterrand avait un principe : « On ne peut pas les avoir toutes, mais il faut essayer. » Ce qu’il fit.

Autre époque. Dans sa jeunesse l’homme aux dents longues ne manquait pas d’allure. Sur le tard, il portait encore beau. Génération « classieuse » que l’on n’imagine pas filant à ses rendez-vous galants le cul posé sur un scooter et le casque sur la tête.

Mitterrand, au fond, était un homme déplacé. Je parle ici de sa famille politique. La gauche, c’était Danielle. Lui, il était plutôt bourgeois de province tendance Mauriac et Chabrol revisités par Chardonne pour le romantisme. Bourgogne laïcarde contre Charente catholique. La carpe et le lapin. Formica et macramé contre vieux meubles et parquets cirés.

Des autres femmes, la rumeur n’a retenu que les plus voyantes ou les plus connues : Édith Cresson, Dalida, Élizabeth Tessier, Élisabeth Guigou… et tant d’autres, comme Christina Forsne, la belle journaliste suédoise emportée dans les bagages des voyages officiels et dont on dit qu’il eut un fils. Beaucoup de ministres et de journalistes, quand il ne mettait pas des actrices sur écoute, mais Mitterrand avait au moins la reconnaissance du bas-ventre : il plaçait ses conquêtes.

Aujourd’hui, à la faveur de la sortie du Portrait d’un ambigu – la biographie de François Mitterrand par Philip Short, journaliste à la BBC –, on en sait un peu plus sur LA relation du Président : celle qu’il entretint durant 32 ans avec la mère de Mazarine, Anne Pingeot. Une fleur cueillie au berceau ou presque, puisqu’elle devint sa maîtresse à l’âge de 20 ans – il en avait alors 47 –, après qu’il l’eut courtisée durant six années. On en connaît qui ont été accusés de pédophilie pour moins que cela.

À écouter madame Pingeot, elle fut aussi fidèle qu’il était volage et, en bonne catholique pratiquante, ne connut que François Mitterrand. Un peu comme si sa vertu à elle pouvait racheter sa débauche à lui. Mais chacun fait comme il veut, n’est-ce pas. Reste qu’elle dit en avoir beaucoup souffert, jeune femme de l’ombre à qui le grand homme avait promis une vie commune à Latché : « On en fera notre maison. » Elle raconte : « C’était notre lieu de rendez-vous à nous. On s’y est beaucoup retrouvés, car ce n’était pas très loin de Hossegor » où vivait sa famille. Ô naïveté des jeunes femmes amoureuses… Car Latché, comme la Roche de Solutré, devint un pèlerinage couru de la gauche caviar.

Puis Anne Pingeot donna le jour à Mazarine en 1974 et, suivant dans l’ombre l’ascension de son grand homme, elle grimpa par l’escalier de service les marches du pouvoir. Car lorsqu’elle confie qu’il y eut « trente-deux ans de vie intense de bonheur… et de malheur ! », elle oublie de dire que cette double vie coûta aussi fort cher aux Français. Nous, contribuables, payâmes en effet durant quinze ans l’appartement secret du quai Branly, les week-ends à Souzy-la-Briche, les gardes du corps attachés à verrouiller le secret nommé Mazarine, les jets de la République pour les vacances de la famille bis, et même le GIGN pour récupérer le chat de l’enfant adorée enfui sur un aérodrome de province…

Reste que madame Pingeot – et elle mérite en cela qu’on l’appelle madame – n’a jamais pris un micro ou la plume pour raconter sa vie avec un homme qui, quoi qu’on pense de sa politique, a compté dans l’histoire récente de notre pays. C’est la première fois qu’elle se confie. Elle le fait avec retenue. Modestie, serait-on tenté de dire.
À l’inverse d’une autre maîtresse présidentielle, Anne Pingeot a toujours dit « Merci pour ce moment ». Il est vrai qu’elle n’était pas de l’espèce virago, et que son président ne se vivait pas, lui, comme un homme « normal ».

Publié dans presse nationale

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