Affaire des tableaux : Claude Guéant déféré devant un juge

Publié le par Denis PIGNOL

Claude Guéant est entendu par les policiers depuis vendredi matin. © Philippe Desmazes / AFP
Claude Guéant est entendu par les policiers depuis vendredi matin. © Philippe Desmazes / AFP

Affaire des tableaux : Claude Guéant déféré devant un juge

Le Point - Publié le 07/03/2015 à 09:26 - Modifié le 07/03/2015 à 19:02

L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy pourrait être mis en examen dans le cadre de l'enquête sur le financement libyen de la campagne de l'ex-président.

Claude Guéant est au coeur de la tourmente. Samedi, il devait être présenté à un juge dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par la Libye de Kadhafi. L'ancien bras droit de l'actuel chef de l'UMP devait être déféré dans l'après-midi à l'issue d'une garde à vue débutée à l'aube vendredi 6 à l'office anticorruption (Ocliff).

Les juges financiers parisiens s'interrogent notamment sur la découverte lors d'une perquisition en février 2013 d'un virement de 500.000 euros sur le compte de l'ancien ministre de l'Intérieur. Un homme d'affaires du Golfe, soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire dans ce versement, doit également être présenté au juge instructeur.

Une opération "strictement privée"

Claude Guéant avait justifié ce virement - provenant d'un compte à l'étranger - par la vente en 2008 à un avocat malaisien de deux tableaux d'un peintre flamand du XVIIe, Andries van Eertvelt. Mais des experts avaient contesté la valorisation de ces oeuvres. "C'est une opération qui est strictement privée (...) cela n'a strictement rien à voir avec la Libye", avait assuré M. Guéant à l'AFP lorsque l'affaire des tableaux flamands avait été révélée. "Au moment des perquisitions j'ai dit, je l'ai fait inscrire au procès verbal, que j'avais les justificatifs", avait-il insisté.

Selon une source proche du dossier, l'enquête s'attache notamment à tracer des flux financiers avec l'étranger. Les liens de Claude Guéant, qui avait notamment joué un rôle central dans les tractations avec d'anciens responsables libyens, comme l'ex-bras droit de Kadhafi, Bachir Saleh, ayant conduit à la libération des infirmières bulgares, comptent également parmi les interrogations des enquêteurs. Bachir Saleh serait en Afrique du Sud et les juges français veulent l'entendre.

Enquête en cours pour "corruption et trafic d'influence"

Après de premières accusations de dignitaires kadhafistes dès 2011, les accusations d'un financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy avaient été relancées de manière spectaculaire entre les deux tours de la présidentielle de 2012, lorsque Mediapart a publié un document évoquant un accord du régime libyen de Mouammar Kadhafi pour financer M. Sarkozy, dont ce dernier assure qu'il s'agit d'un "faux grossier". Attribué à Moussa Koussa, ex-chef des renseignements extérieurs libyens, ce document affirme que Tripoli avait accepté de financer pour "50 millions d'euros" la campagne 2007. Moussa Koussa a également qualifié ce document de "faux". Mais Mediapart défend avec force la thèse de l'authenticité, s'appuyant notamment sur une expertise selon laquelle la signature au bas du document est bien celle de Moussa Koussa.

Une enquête pour "faux et usage de faux" pour vérifier l'authenticité du document est en cours. Elle est distincte de celle confiée en avril 2013 à des juges sur le financement libyen présumé de Nicolas Sarkozy. Celle-ci est ouverte notamment pour "corruption active et passive" et "trafic d'influence", et confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman.

Troisième garde à vue

L'entourage de M. Guéant a relevé le caractère vexatoire de l'envoi à l'aube de policiers au domicile de l'ancien ministre de l'Intérieur vendredi, et s'est interrogé sur "l'intérêt de procéder comme s'il s'agissait d'un délinquant dangereux", sous-entendant une instrumentalisation politique du dossier avant les élections départementales.

C'est sa troisième garde à vue après celles ordonnées dans les affaires de l'arbitrage Tapie et des primes en liquide qu'il a perçues quand il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, au ministère de l'Intérieur. Pour le président de Sherpa William Bourdon et Me Marie Dosé, le conseil de l'association anticorruption, partie civile dans ce dossier, la garde à vue de M. Guéant "démontre que les investigations progressent".

Publié dans presse nationale

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