Accords de Lausanne : l’Iran, allié de demain ?

Publié le par Denis PIGNOL

Accords de Lausanne : l’Iran, allié de demain ?

Accords de Lausanne : l’Iran, allié de demain ?

Il n’est pas interdit d’imaginer que, pour une fois, le bon sens puisse enfin l’emporter.

Boulevard Voltaire | Nicolas Gauthier | Journaliste, écrivain | 03-04-2015

Négociations entre Iran et Occident ? On commence enfin à en voir le début de la fin. Et dès ce jeudi soir, un accord pourrait enfin être conclu à Lausanne, en Suisse, pays neutre s’il en est.

Bien sûr, tout cela se négocie de la manière la plus hypocrite qui soit ; mais n’est-ce pas là l’essence même de la diplomatie ?

Du côté occidental, on sait bien que Téhéran, qu’il se dote ou non de l’arme nucléaire, jamais ne s’en servira ; au « pire des cas », il ne s’agirait que d’une assurance-vie contre une possible agression israélo-américaine : bref, une nation nucléarisée est une nation sanctuarisée. Mais là n’est pas le cœur du problème, sachant que l’Iran a déjà anticipé la fin de l’économie et de la politique pétrolières : « Téhéran a déjà théorisé l’OPEP de l’avenir, qui sera évidemment plus nucléaire que pétrolier », nous confirme une source proche de l’ambassade iranienne à Paris. En ligne de mire ? Un pays tel que le Japon, vassalisé par les USA, qui joue le jeu, fort d’une relative suprématie technologique, qui courbe l’échine tout en attendant de bomber le torse. Bref, une fois de plus, l’avenir se joue dans une politique post-pétrolière.

Du côté occidental, toujours, les chancelleries ont bien compris que les deux seuls États stables de la région – Iran et Turquie, une fois de plus, forts de solides institutions communément admises par leurs peuples respectifs – font figure d’incontournables alliés pour tenter de remettre un semblant d’ordre au sud de la Méditerranée. C’est déjà vrai sur le terrain, en Irak, là où Téhéran coopère discrètement, mais étroitement, avec Washington, pour tenter de contrer les troupes de l’État islamique. Sans verser dans une version irénique de la situation, il est un fait que rien ne se résoudra en Syrie ou ailleurs sans l’appui de la puissante Russie, traditionnel allié de l’Iran.

Mercredi dernier, sur France 2, le journaliste Étienne Leenhardt, généralement assez bien renseigné, livrait cette synthèse des plus pertinentes : « Un accord avec l’Iran serait une nouvelle donne politique. Dans le chaos actuel du Moyent-Orient, l’Iran a déjà su se rendre incontournable. C’est déjà notre ami en Irak parce qu’il se bat à nos côtés contre le groupe État islamique. L’Iran soutient encore le régime de Bachar el-Assad et il pourrait très bien, si nous décidons de reparler au régime de Damas, servir d’intermédiaire. Et puis, l’Iran est influent auprès des milices Hezbollah au Liban, mais également actuellement dans la crise du Yémen. […] Ce serait une nouvelle donne économique si les sanctions qui pèsent sur l’Iran sont levées. C’est un marché de 80 millions d’habitants qui s’ouvre. C’est un pays jeune, éduqué, riche en pétrole quatrième réserve mondiale, en gaz deuxième réserve au monde. Toutes les entreprises occidentales ont le pied sur l’accélérateur pour signer des contrats et les yeux tournés vers Lausanne… »

Et du côté iranien ? Le Guide suprême Ali Khameini laisserait les mains libres au président Ali Rohani pour mener ces négociations, même si certains caciques du régime voient d’un assez mauvais œil ce rapprochement avec les USA. Il n’empêche que Téhéran joue actuellement sur du velours. Il a les moyens, grâce aux missiles livrés par les Russes, de répondre à toute forme d’attaque. Son site nucléaire de Fordo, enterré sous une montagne, est de fait inexpugnable.

Du côté américain, pour finir, deux logiques s’affrontent. Un Barack Obama estimant qu’un accord irano-américain lui permettrait de laisser une trace durable dans l’Histoire, tel son prédécesseur Jimmy Carter avec les accords de Camp David, en 1978. De l’autre, la droite républicaine, traditionnellement pro-israélienne et les puissants lobbies sionistes locaux, persistant dans leur aveuglement quasi eschatologique vis-à-vis de l’Iran.

Il n’est pas interdit d’imaginer que, pour une fois, le bon sens puisse enfin l’emporter. Mais d’ores et déjà, Téhéran semble avoir gagné la première manche d’une partie encore loin d’être jouée.

Publié dans presse nationale

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