33 pèlerins français sur le chemin de Damas

Publié le par Denis PIGNOL

33 pèlerins français sur le chemin de Damas

33 pèlerins français sur le chemin de Damas

La semaine dernière, des touristes d’un genre un peu particulier prenaient le chemin de Damas. 33 Français, âgés de 26 à 86 ans, avaient répondu à la proposition de l’association SOS Chrétiens d’Orient : partir passer la semaine sainte orthodoxe en Syrie.

Boulevard Voltaire | Charlotte d'Ornellas | Journaliste indépendante | 17-04-2015

La semaine dernière, des touristes d’un genre un peu particulier prenaient le chemin de Damas. 33 Français, âgés de 26 à 86 ans, avaient répondu à la proposition de l’association SOS Chrétiens d’Orient : partir passer la semaine sainte orthodoxe en Syrie, visiter une partie du pays et rencontrer ses habitants touchés par la guerre depuis quatre ans.

À l’origine, explique Benjamin Blanchard, cofondateur de l’association, ce projet voulait répondre à une demande des Syriens : « Ils nous demandaient souvent de faire venir des Français, c’est une source d’espérance pour eux que de voir revenir les touristes ! » Deux mois plus tard, 33 inscrits et 25 autres personnes sur liste d’attente : si l’idée semblait un peu « folle », les Français le sont au moins autant !

« J’avais entendu le père Toufic, curé de Maaloula, raconter l’histoire de son village en France. Il nous avait encouragés à rechercher la vérité sur ce qu’il se passe en Syrie et à la répandre autour de nous. Ce pèlerinage était une occasion unique d’aller voir moi-même ce qui se passait », explique Rodolphe, jeune père de famille toulonnais.

Le pays est en guerre, mais « s’ils vivent ainsi depuis 4 ans, nous pouvions nous risquer à y passer 8 jours », répond tout simplement une autre pèlerine avant d’entrer dans la chapelle Saint-Paul, à Damas.

Mahmoud, guide pendant ce voyage, est un peu désœuvré depuis quatre ans et a donc chaleureusement accueilli cette initiative : « Vous êtes les premiers touristes étrangers depuis le début de cette guerre, et vous êtes français… Quelle joie ! » leur lance-t-il à l’entrée du Krac des Chevaliers, célèbre forteresse syriaque restée aux mains des djihadistes pendant de très longs mois mais très peu endommagée.

Chrétiens et français. Les deux raisons pour lesquelles ces pèlerins avaient pris le risque de venir à la rencontre des Syriens. « Je suis venu avant tout pour soutenir mes frères chrétiens ici, pour leur dire que nous avons conscience de leur peur, de leur calvaire mais de leur espérance aussi, et que nous ne les oublions pas », explique Rodolphe sur la route de Maaloula, ce petit village des premiers siècles dans lequel les habitants parlent encore l’araméen, et qui était resté aux mains des djihadistes pendant quatre mois.

Et l’accueil est chaleureux, les « merci » fusent et une jeune fille confie sa joie : « La France nous a atrocement déçus pendant cette guerre, mais nous savions que les Français ne soutenaient pas tous leur gouvernement. Nous en avons la preuve maintenant, et c’est rassurant. »

Lorsqu’un journaliste français demande à Valérie si elle n’a pas peur que ce voyage soit « instrumentalisé par le régime syrien », cette dernière répond simplement : « Je ne suis pas venue redorer l’image du régime syrien mais celle de la France ! »

Comme dans tout pays au monde, c’est la police du pays (et non « celle du régime ») qui assurait la sécurité des pèlerins lors de leurs déplacements, quoi de plus normal.

Et ce « régime », c’est la seule chance de ne pas sombrer dans le chaos pour l’immense majorité d’entre eux : « Nous avons le choix entre un gouvernement avec lequel nous vivions en paix et des djihadistes venus de 83 pays différents qui réclament une République islamique… Ce n’est même pas une question de choix, mais de survie ! » explique Rania à la sortie de l’office du Vendredi saint à Safita. Elle non plus ne comprend pas les décisions françaises.

Mahmoud insiste : « Si c’était une question de “régime”, les attentats auraient dû cesser en Lybie ou en Irak, où les “régimes” sont tombés… Nous avons vu l’Irak sombrer dans le chaos, et nous n’en voulons pas. »

Le message est passé, et les pèlerins ont promis de transmettre ce message à leur retour. « Dites simplement la vérité, ce que vous avez vu et entendu en Syrie. Elle seule nous rendra libres », conseillait effectivement le père Toufic aux pèlerins avant de les laisser repartir.

Publié dans presse nationale

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